Alec Baldwin, l’art du faux Trump

L’acteur et producteur new-yorkais ne veut pas toujours être ramené au président, qu’il abhorre.
Photo: Bryan R. Smith Agence France-Presse L’acteur et producteur new-yorkais ne veut pas toujours être ramené au président, qu’il abhorre.

Donald Trump le déteste et ça tombe bien : c’est réciproque. Depuis qu’Alec Baldwin le singe dans l’émission Saturday Night Live de NBC, le comédien a eu droit à un certain nombre de gazouillis présidentiels courroucés, l’épinglant directement. Il s’en amuse. Le voilà, lui l’acteur, réalisateur et producteur, cantonné, après avoir côtoyé les plus grands, à se lancer dans des jeux de sourcils, à parfaire ses mimiques de bouche en cul-de-poule tout en enfilant une perruque blonde, le tout de façon rigolote, mais assez grossière.

Sauf qu’il ne veut pas toujours être ramené au président, qu’il abhorre. La semaine dernière, Alec Baldwin était en plein Manhattan, à Union Square, dans la librairie Barnes and Noble, pour parler d’autre chose : de son autobiographie, Nevertheless (Néanmoins). Codes de promotion stricts obligent, il a réussi à ne pas prononcer une seule fois le mot commençant par T ni à évoquer son rôle dans SNL, qui lui vaut pourtant une nouvelle notoriété. Non, il n’était là que pour son livre.

Nouveau printemps

C’est avec la démarche de quelqu’un qui a des problèmes de dos, un peu courbé, qu’il est arrivé. Mais détendu — « Il fait sacrément chaud, ici ! » —, en chemise grise, ses cheveux ramassés en gel version houppette. Il monte sur scène, sous la surveillance de gardes du corps. Alec Baldwin, 59 ans, veut donner l’image de celui qui, apaisé, vit un nouveau printemps. Le type cool qui plaisante avec le public, le voisin de palier qui dépanne en dégotant l’oeuf qui manque pour faire un gâteau. Sa jeune femme (26 ans de moins que lui), Hilaria, était là au premier rang. Et surtout, son dernier fils, Leo. On a eu droit à la scène du papa poule complètement gaga.

Difficultés financières de ses parents, dépendance à l’alcool et à la drogue, rencontre chez les Clinton où Bill lui avait indirectement laissé entendre qu’il avait fauté avec Monica Lewinsky avant ses aveux publics, divorce douloureux avec Kim Basinger, détestation de Harrison Ford : il y a de tout cela dans ses mémoires. L’acteur s’y livre, parle de son enfance difficile comme deuxième d’une fratrie de six, tous devenus comédiens, du cancer de ses parents, des différents films tournés. On sent un peu de nostalgie, le besoin de parler de son enfance — « Y avait ces gamins qui fumaient du shit devant chez moi, et qui voulaient m’entraîner dans des trucs pas possibles, comme cambrioler la maison d’un ami absent » —, de se justifier — l’histoire de l’enregistrement où il a qualifié son aînée de « pig » —, et de décocher deux, trois flèches vénéneuses au passage.

Démocrate convaincu

Entre deux « boulouboulou » et grimaces à son fils, Alec Baldwin se met soudain à parler politique, lui le démocrate convaincu dont un frère — Stephen — a soutenu l’actuel président. Mais toujours sans évoquer le mot qui commence par T. Il s’en prend aux sommes d’argent incroyables versées par les candidats, « sans plafond limite, et qui pervertissent le système ». Puis il se tourne vers l’animateur : « Je suis de nouveau en train de faire campagne. Vous devez me stopper ! » De nouveau. Car Alec Baldwin avait songé à se lancer dans la course à la mairie de New York. Il a également été tenté par le Congrès. Et, qui sait, peut-être qu’un jour…

Alec Baldwin a abandonné des études de droit et de sciences politiques pour se lancer dans l’art dramatique. Séries télévisées, films — citons Great Balls of Fire, À la poursuite d’Octobre rouge, Pearl Harbor ou encore Aviator —, théâtre, c’est finalement de retour à la télévision, grâce au rôle de Jack Donaghy dans la série 30 Rock, qu’il redonne un nouveau souffle à sa carrière.

En 2013, il anime à MSNBC Up Late with Alec Baldwin. Mais l’émission s’arrête après quatre épisodes en raison d’une polémique liée à des propos homophobes qu’il aurait tenus à l’égard d’un photographe. Peiné par cette affaire, il s’en défend dans son livre. Encore un besoin de se justifier.

Aujourd’hui, il tient à exposer son bonheur de jeune papa à la vue de tous, dévoile dans son autobiographie la phrase inscrite dans son alliance et les mots d’amour de sa femme. Il en fait un peu trop, mais reste finalement dans une certaine simplicité, lui le New-Yorkais qui n’a pas succombé à la tentation de vivre dans une luxueuse villa de Los Angeles. D’ailleurs, la période Hollywood, sans du tout la renier, il préfère la laisser derrière lui. Il évoque les pressions subies de la part de gérants, lui qui avait autant — plus ? — de plaisir à jouer dans une pièce de Tennessee Williams que dans une superproduction.

Un conseil à donner aux jeunes ? « Oui, lisez, lisez, lisez. Des livres d’histoire et de philosophie. Une fois que vous travaillerez, vous n’aurez plus le temps de lire. » Il insiste encore sur son amour de la musique classique — il suggère même la playlist à jouer pendant ses funérailles. En attendant, il va encore devoir enfiler sa perruque blonde et poursuivre son imitation présidentielle. Car ses fans en redemandent. Et s’il arrête — il l’a évoqué, la présidence actuelle n’a pas quoi de faire rire, dit-il —, ses admirateurs peuvent déjà se consoler : un livre sur sa prestation trumpesque est déjà en préparation.

L’acteur, qui singe le président américain, sort une autobiographie dans laquelle il évoque ses difficultés.


En quelques dates

1958: Naissance le 3 avril, à Massapequa (New York).

1991: Rencontre Kim Basinger durant le tournage de La chanteuse et le milliardaire. Naissance de leur fille, Ireland, en 1995. Divorce en 2002.

2006: Redevient un des acteurs les plus aimés de la télévision américaine, avec la série 30 Rock.

2012: Épouse Hilaria Lynn Thomas, avec qui il aura trois enfants.

2013: Anime Up Late with Alec Baldwin à MSNBC, arrêtée après quatre épisodes.

2016: Incarne Donald Trump dans Saturday Night Live un mois avant l’élection présidentielle.

2017: Sort Nevertheless.