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Vers un volume de production de 2 milliards

La réussite repose sur les crédits d’impôts, principal outil, avec les capacités techniques et professionnelles, pour attirer les productions étrangères.
Photo: iStock La réussite repose sur les crédits d’impôts, principal outil, avec les capacités techniques et professionnelles, pour attirer les productions étrangères.

Le secteur de l’audiovisuel souhaite plus que doubler le volume de productions étrangères au Québec vers la fin de la décennie. Les dépenses directes annuelles de celles-ci passeraient donc d’environ 300 millions de dollars en 2016 à quelque 625 millions en 2020, puis à 700 millions en 2021. Ce volume n’était que de 71 millions en 2009.

En ajoutant le 1,1 milliard de dollars consacré aux productions nationales et les quelque 300 millions des effets visuels, le plan ambitieux ferait donc gonfler à plus de 2 milliards le volume de production annuel au Québec d’ici cinq ans, peut-être même trois.

Cet objectif d’accroissement majeur a été présenté mercredi matin par le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec (BCTQ) à quelques dizaines de dirigeants de compagnies et organismes du cinéma, de la télévision et des nouveaux médias réunis à Montréal.

« Passer de 300 à 700 millions de dollars sur un horizon de cinq ans, ce n’est pas le Bureau qui a décidé ça : c’est l’industrie elle-même, c’est le voeu exprimé dans le cadre de la consultation, explique Pierre Moreau p.-d.g. de l’organisme. Nous étions beaucoup, beaucoup dans le film. Aujourd’hui, on souhaite être à la fois en cinéma et en télé, et je pense que nous sommes en train d’atteindre cet objectif. »

Passer de 300 à 700 millions de dollars sur un horizon de cinq ans, ce n'est pas le Bureau qui a décidé ça: c'est l'industrie elle-même, c'est le vœu exprimé dans le cadre de la consultation

La réussite repose sur les crédits d’impôt, principal outil, avec les capacités techniques et professionnelles, pour attirer les productions étrangères. Le président Moreau était en tournée en Californie cet hiver avec sa collègue de la SODEC, Monique Simard, pour rassurer les grands studios américains à ce sujet.

Le rapport relaie des souhaits concrets exprimés à ce sujet par les membres de l’industrie. « Au premier chef, la nécessité d’en assurer la prévisibilité à long terme et de les traiter dans un délai raisonnable et compétitif avec ce qui se fait ailleurs au Canada », dit le Document d’orientations stratégiques dévoilé mercredi. Le délai de 90 jours après le dépôt de la demande est cité en exemple puisqu’il s’agit de la norme en Ontario et en Colombie-Britannique, les deux principaux pôles concurrents au pays.

Un rôle négligé

Le BCTQ existe depuis 10 ans et compte 146 membres. Près de 40 % de ses revenus sont d’origine privée. Le Bureau défend deux objectifs : attirer ici des productions étrangères (ce qui est connu) et intervenir au nom de la grappe industrielle (ce qui est moins connu). Le rapport s’arrime à cette deuxième branche.

« Ce rôle a été un peu négligé dans les premières années, dit le président du Bureau, Sylvain Lafrance. On n’écoutait pas assez l’industrie pour essayer de créer un consensus. On a beaucoup travaillé là-dessus. »

D’ailleurs, pour lui, les deux rôles — l’attractivité et la grappe industrielle — peuvent paraître antinomiques, mais ne le sont pas. « Un rôle se joue à l’étranger ; un rôle se joue ici. Mais pour nous, une sorte de cercle vertueux s’installe quand l’ensemble des investissements amenés ici permet de maintenir à Montréal et au Québec des infrastructures de productions, de grands studios de qualité, du talent de qualité. Quand on arrive ensuite pour produire sur le plan intérieur on a accès à ces infrastructures, à du talent l’importation de service permet même d’exporter. »

Le plan d’action s’appuie sur des consultations du milieu menées dans les derniers mois. Outre la proposition principale d’augmenter le volume des investissements étrangers, l’analyse débouche sur six recommandations : renforcer et consolider la production d’ici ; encourager l’innovation ; améliorer la connaissance de l’industrie ; faciliter la découvrabilité des produits ; maintenir un environnement fiscal concurrentiel ; et élargir le rôle du BCTQ pour répondre aux nouveaux défis.

Les prochains grands efforts porteront notamment sur la production sonore et les technologies émergentes. Le Bureau souhaite par exemple trouver les moyens de rapatrier en création locale certains enregistrements faits à l’étranger par des artistes d’ici tout en offrant davantage de services musicaux aux productions étrangères, par exemple pour la composition et l’enregistrement de trames sonores.

L’expertise québécoise en matière virtuelle n’est plus à démontrer. Montréal est une des capitales mondiales du secteur, et le rapport parle d’établir cette position de tête de manière affirmée. Le dernier budget du Québec a d’ailleurs étendu à la production en réalité virtuelle des crédits d’impôt, ce qui serait une première mondiale.