Zoom sur le Printemps autochtone d'art 3

Le cinéaste Yves Sioui Durand
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le cinéaste Yves Sioui Durand

Alors que tout Montréal sera occupé à célébrer son 375e anniversaire, les 17 et 18 mai avec l’illumination du pont Jacques-Cartier, une quarantaine de représentants des artistes autochtones seront réunis pour faire un état des lieux de la pratique artistique autochtone au Québec.

Ce sera entre autres une façon de manifester la désapprobation autochtone envers l’organisation des fêtes du 375e anniversaire de Montréal, qui n’a que très frileusement impliqué les communautés autochtones dans la planification des festivités.

Il faut dire que Jeanne Mance et Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, faisaient tous deux partie de la très catholique « Société Notre-Dame de Montréal pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle-France », comme le relevait mercredi Yves Sioui Durand, directeur artistique du Printemps autochtone d’art 3 (PAA3), dont la programmation était dévoilée. Or, pour les autochtones, le christianisme a été un cancer, dit-il.

« Il y a 375 ans, une secte religieuse guidée par Maisonneuve et les Sulpiciens fondait illégalement Ville-Marie », dit-il, évoquant que le territoire de Montréal n’a jamais été cédé par le peuple Kanien’keha :ka (mohawk). « Il y a 150 ans, la Confédération canadienne cristallise la colonisation par la cession de territoires d’un océan à l’autre, de traité en traité, dérobant au passage le mot Kanata à la langue iroquoise. »

Du point de vue autochtone, donc, « il n’y a rien à célébrer », soulève-t-il, hormis peut-être les dix ans de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Du 1er avril au 22 juin, les spectacles présentés dans le cadre du PAA3, qui sera d’ailleurs le dernier, commémoreront plutôt l’île de la Tortue et sa longue histoire de résistance, les différents drames — pensionnats, femmes disparues et assassinées… — qui ont secoué et qui secouent encore les communautés autochtones du Québec. Les artistes réunis pour l’état des lieux sur les arts autochtones au Québec comptent aussi présenter un mémoire et une série de recommandations pour un meilleur appui des arts autochtones aux différents paliers de gouvernement.

Yves Sioui Durand profitait d’ailleurs de l’occasion pour annoncer qu’il passe le flambeau de la compagnie théâtre Ondinnok, qui est à l’origine du Printemps autochtone d’art, à Dave Jenniss, auteur, comédien et metteur en scène de la nation malécite, qui présente d’ailleurs le spectacle Ktahkomiq, avec l’artiste malécite Ivanie Aubin-Malo. Ce spectacle a ceci de particulier qu’il mettra en scène une authentique situation dramatique vécue par les Malécites de Viger, dans la région de Cacouna, où deux familles, deux clans, dont font respectivement partie Dave Jenniss et Ivanie Aubin-Malo, se disputent sur l’appartenance à la nation malécite depuis des décennies. Rappelons que la nation malécite du Québec a été reconnue en 1989 par le gouvernement du Canada.

Dave Jenniss raconte d’ailleurs qu’il a dû faire appel à un aîné malécite du Nouveau-Brunswick pour intégrer des mots de la langue malécite dans le spectacle. L’une des pistes de travail explorées au moment de la création était : « Suis-je davantage autochtone si je parle la langue malécite ? »

Pour souligner la présence autochtone à Montréal avant l’arrivée des Européens, Catherine Joncas, l’une des fondatrices de la compagnie Ondinnok, a organisé une série de « levers de rideau », par lesquels des artistes autochtones se présenteront durant des événements culturels montréalais. C’est Yves Sioui Durand qui cassera la glace le 1er avril, au Théâtre de Quat’Sous, à l’occasion de la dernière représentation de la pièce d’Olivier Kemeid Les manchots.