Réunir les peuples grâce à la culture

Martine Letarte Collaboration spéciale
«Souffles – 10 chœurs pour un chant à créer» a été présenté l’an dernier à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts lors des Journées de la culture.
Photo: Catherine Landry «Souffles – 10 chœurs pour un chant à créer» a été présenté l’an dernier à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts lors des Journées de la culture.

Ce texte fait partie du cahier spécial Conseil des arts de Montréal

Souffles – 10 choeurs pour un chant à créer a été présenté gratuitement l’an dernier à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts lors des Journées de la culture. Présenté par Culture pour tous, un organisme de démocratisation et de sensibilisation aux arts, le concert était en nomination pour le Grand Prix du Conseil des arts de Montréal.

Réunir sur une scène 10 choeurs de 10 communautés culturelles : le projet était ambitieux. Pour relever le défi, le compositeur et metteur en scène André Pappathomas n’avait pas d’autres solutions que de chercher sur Internet des groupes de différentes communautés culturelles de Montréal et de leur demander s’ils connaissaient des gens qui formaient un choeur traditionnel dans leur communauté. Il en a trouvé, d’autres choeurs se sont formés pour l’occasion et poursuivent leurs activités depuis.

« Par exemple, la Maison de la Syrie a réussi à créer un choeur », raconte André Pappathomas.

André Pappathomas

« On parlait beaucoup des réfugiés syriens à ce moment-là et je trouvais très intéressante l’idée de réunir ces nouveaux arrivants, de les inviter à former un choeur pour prendre part à ce projet », se souvient Louise Sicuro, présidente-directrice générale de Culture pour tous.

« Qu’a-t-il de plus rassurant et de convivial que de se retrouver ensemble pour chanter ? » ajoute-t-elle.

L’art comme outil d’intégration

Ce concert, dont une portion a été conçue à partir d’une base d’improvisation vocale, était présenté à l’occasion du 20e anniversaire des Journées de la culture. Il a réuni environ 250 personnes sur scène. Des auteurs, dont Kim Thúy et Natasha Kanapé Fontaine, sont aussi venus lire des extraits de textes entre les chants. Il y avait des choeurs sud-américain, congolais, rwandais, polonais, roumain, ukrainien, philippin, malgache et même, un coeur du Nunavik avec ses traditionnels chants de gorge.

« C’était touchant de voir réunies toutes ces communautés qui n’ont pas l’habitude de se fréquenter, raconte Mme Sicuro. Il n’y a qu’à Montréal qu’on peut faire ça. Il y a vraiment un pluralisme. »

C’est d’ailleurs ce qui a inspiré André Pappathomas pour ce projet.

Louise Sicuro
 

« Les Journées de la culture, c’est un rapprochement des cultures des peuples, explique-t-il. Non seulement par l’art, mais aussi par l’histoire et par la langue. J’aime travailler avec la culture langagière des peuples. »

« C’est quelque chose de réunir ces gens de toutes ces communautés sur la grande scène de la Salle Wilfrid-Pelletier, alors que plusieurs n’avaient même souvent jamais mis les pieds à la Place des Arts », affirme Louise Sicuro, qui se réjouit d’avoir eu l’entière collaboration du diffuseur pour réaliser ce projet.

Elle est convaincue qu’inclure les artistes des communautés culturelles est une responsabilité du milieu des arts montréalais.

« Il y a de plus en plus d’artistes professionnels immigrants, on en a besoin d’encore plus et il faut étendre le dialogue, affirme Louise Sicuro. Il faut leur donner de la place. Que ce soit dans les écoles de formation, dans les compagnies de théâtre ou de danse. Pour développer une culture commune, il faut la voix de tous les citoyens du Québec. »

Dans le projet Souffles – 10 choeurs pour un chant à créer, les participants n’étaient d’ailleurs pas invités sur scène seulement pour présenter leurs traditions.

« Ils étaient vraiment appelés à apporter leur contribution pour nourrir l’ensemble et créer une harmonie nouvelle, explique André Pappathomas. Pour voir davantage d’artistes de la diversité, il faut les interpeler et développer des projets inclusifs. »

L’origine des Journées de la culture

C’est en 1996, dans la foulée du Sommet sur l’économie et de l’emploi lancé par Lucien Bouchard, que les Journées de la culture ont été lancées.

« Il n’y avait rien au départ sur la culture dans ce sommet, alors je suis allée frapper à la porte du Chantier de l’économie sociale et on m’a accueillie, mais ça prenait un projet, raconte Louise Sicuro. J’en ai créé un rapidement. C’était les Journées de la culture. »

Elle s’était inspirée des Journées européennes du patrimoine où l’on ouvre les portes de différents monuments qui habituellement, ne sont pas accessibles au public.

« Je ne voulais pas d’un festival avec une programmation, mais vraiment, un mouvement de la base, volontaire, local, où des artistes et des organisations culturelles accueillent le public », explique Louise Sicuro.

Ce ne sont pas seulement les grandes institutions de Montréal ou de Québec qui organisent des activités.

 

« Plusieurs artistes et artisans dans plus de 350 villes font simplement ouvrir la porte de leur atelier pour rencontrer les gens qu’ils ne voient jamais dans d’autres occasions », ajoute-t-elle.

Ces Journées de la culture permettent ainsi de réaliser que la culture n’est pas confinée aux grandes institutions culturelles.

« Avoir un intérêt pour la culture, ça ne veut pas dire aller à l’opéra chaque mois, affirme Louise Sicuro. Ça veut dire aussi lire, écouter de la musique, regarder des téléromans. La culture, c’est très large. Et, elle est partout autour de nous. »

La culture à l’école

Si la culture est partout dans les communautés, l’équipe de Culture pour tous croit qu’elle doit être particulièrement présente dans les écoles. C’est un grand cheval de bataille actuellement pour l’organisation qui a mis sur pied le projet pilote Hémisphères : culture-éducation. L’objectif ? Développer un réseau d’écoles qui placera la culture au coeur de ses activités.

« Par l’enseignement des matières, mais aussi par plusieurs autres moyens pour permettre aux jeunes de développer leur créativité, d’entrer en contact avec les arts et la culture, de vivre dans le pluralisme », explique Louise Sicuro.

La rentrée prochaine, dix écoles dans sept régions du Québec tenteront l’expérience. En cette ère où la société vit beaucoup de tensions, la culture permet de créer des ponts.

« Il ne faut pas que les gens se sentent exclus de la culture parce qu’ils n’ont pas d’argent, ou parce qu’ils n’y connaissent rien, affirme Mme Sicuro. Il faut favoriser la participation culturelle, et cela passe beaucoup par les jeunes. Puis, en travaillant davantage dans les écoles, nous formerons des citoyens qui participeront à la vie culturelle au quotidien dans leur milieu, qui l’enrichiront, qui la défendront. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

À voir en vidéo