L’audace de faire les choses autrement

Alice Mariette Collaboration spéciale
La relève et la diversité se sont inscrites dans la structure du Conseil.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La relève et la diversité se sont inscrites dans la structure du Conseil.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En quatre ans, le Conseil des arts de Montréal (CAM) a poursuivi ses objectifs de « continuité et de consolidation » et est fier de ses réussites, notamment pour la diversité culturelle et la philanthropie. Rencontre avec Nathalie Maillé, directrice générale, qui revient sur les retombées du plan 2013-2016.

Plus que jamais, le CAM est aujourd’hui reconnu comme celui qui repère et accompagne. « C’est une de nos fiertés, confie Mme Maillé. Avant, nos missions étaient de soutenir et de reconnaître l’excellence ; maintenant on repère, accompagne, soutien et reconnaît. » Une stratégie qui permet au CAM d’aller vers plus de diversité culturelle, un thème qui lui est particulièrement cher. D’ailleurs, comme le soulève la directrice générale, depuis 2013, le Conseil a doublé les montants versés à des organismes de la diversité culturelle et près de 20 % des projets soutenus sont issus de la relève.

Nathalie Maillé

La relève et la diversité se sont même inscrites dans la structure du Conseil, avec une modification de son règlement interne en 2014. « Nous avons mis trois principes qui nous obligent partout, tant pour le conseil d’administration que celui du comité d’évaluation ou le personnel du CAM d’avoir une obligation de parité hommes-femmes, mais aussi d’équité générationnelle et culturelle », explique Mme Maillé.

Être audacieux

Dans les orientations du plan 2013-2016, le CAM souhaitait valoriser « l’audace comme facteur de développement ». Un pari réussi, selon la directrice générale. « Il ne faut pas avoir peur de donner l’octroi de subventions à un projet qui nous semble extrêmement intéressant, mais qui n’est pas garanti à 100 %, détaille-t-elle. Pour nous, l’audace est de faire les choses autrement, prendre des risques, cela ne peut pas fonctionner dans tout, mais c’est une bonne façon de faire. »

En exemple, elle cite le programme Regard sur Montréal, qui offre une résidence à des cinéastes émergents immigrants de première génération ou appartenant à une minorité visible. Le CAM se réunit avec la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) et l’Office national du film (ONF) du Canada pour offrir à l’artiste tout ce dont il a besoin pour réaliser son projet. « En cinéma, la diversité n’est pas assez présente, estime-t-elle. Alors, nous voulions asseoir tous les bailleurs de fonds autour de la table pour soutenir un projet. C’est quelque chose de rare, qui ne se fait pas souvent. » Le CAM a aussi assoupli certaines de ses règles, notamment en acceptant les collectifs. « On a revu nos mécaniques internes, car au début ce n’était pas particulièrement facile de rentrer », précise Mme Maillé.

Dans une perspective de développement continu, le CAM a mis en place le programme démART Montréal, qui permet à un artiste issu de l’immigration de travailler au sein d’organismes montréalais reconnus. Par exemple, cette année, la Compagnie Jean Duceppe accueillera dans son organisation la comédienne d’origine marocaine Houda Rihani. Mme Maillé aime aussi raconter un parcours intéressant, celui de l’artiste Hanna Abd El Nour. D’origine libanaise, il a été stagiaire en 2013 au Théâtre des Écuries grâce à démART. Deux ans plus tard, il est soutenu par le CAM pour la création de sa propre compagnie de création multidisciplinaire, Volte 21, qui a accueilli l’été dernier un artiste dans son organisation dans le cadre du programme.

Rapprocher les arts et les affaires

Une autre des grandes réussites de ce plan stratégique concerne la philanthropie culturelle. Selon Mme Maillé, entre 2013 et aujourd’hui, il y a eu une grande évolution. « En 2013 il y avait déjà cette priorité, qui datait du plan stratégique précédent, mais on parlait alors d’art-affaires, maintenant on dit plutôt philanthropie culturelle, explique-t-elle. Art-Affaires n’incluait que les gens d’affaires, la philanthropie implique aussi les citoyens, parce qu’il y a des stratégies de sociodéveloppement ou encore de l’implication bénévole, c’est beaucoup plus large. »

Le CAM souhaite créer des liens et jouer un rôle d’intermédiaire entre les organisations et les artistes. « Nous voulons permettre au milieu culturel d’avoir accès à nos contacts avec la communauté d’affaires, de différentes façons », décrit Mme Maillé. Au fil des ans, plusieurs bourses venant du monde des affaires ont été créées pour encourager les artistes, comme celles des Jeunes Mécènes pour les Arts ou encore la bourse Création jazz.

Sur ce sujet, dans les grandes avancées dont le CAM est particulièrement fier, se trouve le programme GO-C.A. L’initiative, mise de l’avant par l’espace Go, permet de rapprocher art et affaires. Le but est de travailler avec de grandes institutions, comme Ernst Young, McCarthy Tétrault ou encore la Banque Scotia, qui ont au sein de leur organisation des gens qui veulent s’impliquer dans des organisations artistiques. Elles sont mises en relation avec des groupes d’artistes souhaitant diversifier leur conseil d’administration.

« Notre but est de faire de l’accompagnement pour aider le milieu dans son approche et sa façon de voir, diversifier ses membres et ses sources de revenus, soutient Mme Maillé. C’est un enjeu qui peut sembler plus évident, mais en 2013 il y avait encore beaucoup de travail à faire et on en a encore ! » Pas à pas, le CAM souhaite amener une réflexion avec des spécialistes de la philanthropie culturelle, afin de reconnaître cela comme une véritable expertise.

Les partenariats ont aussi été particulièrement développés, passant de 115 à plus de 150 entre 2013 et 2016, selon Mme Maillé. « Le but est de trouver une synergie pour que les artistes soient mieux soutenus, affirme-t-elle. Au CAM on pense qu’on ne peut pas toujours le faire seul et que rassembler les partenaires va être plus structurant pour les artistes. »

En résumé, Mme Maillé affirme que le CAM est fier d’avoir beaucoup avancé, notamment sur la diversité et la philanthropie culturelle. « Nous n’allons pas laisser tomber cela dans le prochain plan, mais nous allons maintenant pouvoir passer à d’autres enjeux, lance-t-elle. Encore une fois, nous allons nous assurer d’être audacieux. »