Reconnaître et faire émerger la diversité culturelle montréalaise

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
La diversité de Montréal sera au cœur du prochain plan triennal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La diversité de Montréal sera au cœur du prochain plan triennal.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Grand Prix est certes une vitrine incontournable, mais le Conseil des arts de Montréal, c’est aussi une dizaine d’autres prix qui récompensent chaque année l’excellence artistique. C’est surtout une multitude d’initiatives propres à valoriser l’offre culturelle variée sur tout le territoire et à la rendre le plus accessible possible au citoyen. Une diversité qui sera une nouvelle fois au coeur du prochain plan triennal sur lequel les membres du Conseil sont en train de travailler.

« Il faut qu’on s’assure que notre repérage est réellement le reflet du tissu social montréalais et que donc, tout le monde soit capable de naviguer à travers notre offre,assume celui qui préside le Conseil des arts depuis trois ans, à savoir Jan-Fryderyk Pleszczynski. On est convaincus que c’est par l’intermédiaire de la participation citoyenne et en aidant les organismes dans les quartiers que nous parviendrons à faire émerger toutes les formes d’art que l’on retrouve un peu partout sur l’île et qui ont parfois du mal à trouver une visibilité. »

Si le Conseil des arts a été l’un des précurseurs en la matière il y a une dizaine d’années, l’organisme est loin de penser que tout est réglé. Le travail mené porte certes ses fruits, mais il y a des défis persistants de reconnaissance et d’intégration professionnelle pour certains artistes.

« Je veux parler des artistes issus de l’immigration, mais aussi de tous ceux qui ont des pratiques traditionnelles, et les autochtones évidemment, précise M. Pleszczynski. C’est encore trop préoccupant comme situation pour ne pas considérer ça comme un dossier prioritaire. On veut même aujourd’hui aller encore plus loin. On est dans l’inclusion équitable, dans la valorisation du vivre-ensemble, de la façon d’être capable de créer une richesse autour de la diversité. On va aller dans le concret et pas seulement dans les mots. Il faut que l’on voie comment, en pratique, on arrive à toucher l’ensemble des communautés afin de leur impulser à elles aussi un effet catalyseur. »

Jan-Fryderyk Pleszczynski

Un des outils mis en place pour y parvenir sera le programme des tournées, qui consiste à faire en sorte que les arts occupent des espaces situés à proximité des milieux de vie des Montréalais comme les parcs, les églises, les maisons de la culture et les centres culturels. Misant sur l’innovation et l’excellence des projets artistiques, le public a ainsi accès à des productions audacieuses, souvent offertes gratuitement ou à frais minimes, et à une grande variété dans toutes les sphères : théâtre, danse, musique, arts du cirque, arts visuels, arts numériques, cinéma et nouvelles pratiques artistiques. Cette saison, plus de 460 représentations sont déjà prévues. Une année record.

« L’identité de la métropole se forge autour de sa diversité en général et de sa diversité artistique en particulier, estime le président du Conseil des arts. Autour de l’expérience urbaine qui est largement teintée. Pour nous, cette vitalité artistique est intrinsèquement liée à la qualité de vie, on veut donc le souligner et le renforcer. Ce qui devrait être à l’avantage des quartiers, et des différentes communautés qui sont ancrées dans ces quartiers. »

Faire émerger le plus d’artistes et le plus de pratiques artistiques possible afin qu’elles bénéficient de l’effet de levier que le Conseil des arts peut leur insuffler. Clairement, ce dernier n’est pas l’organisme subventionnaire qui détient les plus gros budgets. Mais au-delà des sommes versées, être reconnu par lui, soutenu, aidé d’une manière ou d’une autre, maximise les chances d’aller chercher des fonds ailleurs.

Car il s’agit bien là du véritable nerf de la guerre dans le milieu artistique. Comment vivre de sa pratique ? Comment éviter que toute cette diversité artistique s’éteigne faute de moyens de subsistance ? Pour y parvenir, le Conseil des arts continue à tenter de développer la philanthropie artistique. Un autre de ses grands chevaux de bataille.

« La culture de la philanthropie présente une belle progression depuis ces dernières années, souligne Jan-Fryderyk Pleszczynski. Nous avons réussi notamment à intéresser les jeunes gens d’affaires, et la beauté de la chose, c’est que tout le monde vieillit et que les retombées s’en voient décuplées. C’est une belle réussite, car ce n’est pas évident à mettre en place. Le mécénat culturel, ce n’est pas la même chose que de soutenir des enfants malades. Ça paraît moins concret, moins urgent. »

Une belle réussite aussi parce que ces gens n’investissent pas seulement de l’argent, ils y mettent souvent du temps. Ils arrivent d’autres milieux avec de nouvelles idées, de nouvelles méthodes, une nouvelle approche, une manière différente de réfléchir et d’envisager des solutions. Ils cherchent à outiller les organismes culturels, à les accompagner.

Et à une époque où les fonds publics consacrés aux arts et à la culture sont largement en deçà des besoins, cette expertise permet aux organisations qui en bénéficient de gagner en efficacité et de faire ainsi des économies.

« Il n’y a pas d’injection de capitaux supplémentaires au Conseil des arts, indique son président. Or, et l’on en revient toujours à la diversité culturelle, il y a de nouvelles formes d’art et des organismes qui excellent dans chacune d’elles. Ils méritent d’être accompagnés. Pour des raisons d’historicité, certaines disciplines sont plus visibles et mieux soutenues que d’autres. Comment faire ? C’est une question d’équité que d’appuyer les formes émergentes. Le mentorat permet de pallier jusqu’à un certain point le manque de ressources. »

Et ce, afin que tous les artistes de talent, quelle que soit leur discipline, aient les mêmes chances de percer sur la scène montréalaise d’une part, mais aussi ailleurs en Amérique du Nord et dans le monde. Et que tous puissent rêver de serrer un jour dans leurs mains, le Grand Prix du Conseil des arts de Montréal.