Montréal veut accroître les retombées économiques de la culture

Nadia Koromyslova Collaboration spéciale
L’offre culturelle abondante a contribué à positionner Montréal comme une grande métropole culturelle. Elle est reconnue pour ses effets spéciaux, son cirque, son théâtre jeunesse, ses grands festivals.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir L’offre culturelle abondante a contribué à positionner Montréal comme une grande métropole culturelle. Elle est reconnue pour ses effets spéciaux, son cirque, son théâtre jeunesse, ses grands festivals.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« En ce moment, on est dans une période charnière pour Montréal », rappelle Manon Gauthier, présidente de la Commission de la culture et des communications au conseil exécutif de Montréal. Alors que les gouvernements du Québec et du Canada viennent de se doter de nouvelles politiques culturelles, Montréal, plongée dans les célébrations de son 375e anniversaire, voit son champ d’action s’élargir avec la Loi sur le statut de métropole.

Le moment est donc bien choisi pour redéfinir le rôle de la culture à Montréal. Alors que l’ancienne politique culturelle arrivait à sa fin, la Ville a entrepris des consultations à l’automne 2015 visant à en élaborer une nouvelle. Prenant appui sur une démarche participative, elle a demandé à plus de 200 représentants de milieux culturels, universitaires et municipaux de définir ses axes. Il ressort aujourd’hui de ce vaste chantier des lignes directrices pour la future politique 2017-2022, intitulée Savoir conjuguer la créativité et l’expérience culturelle citoyenne à l’ère du numérique et dont le projet final devrait être présenté à la mi-juin.

Manon Gauthier
 

« On a voulu mobiliser le milieu, pour faire en sorte que cette politique n’émane pas d’un huis clos, mais qu’elle soit à l’image des participants », explique Manon Gauthier. La Ville souhaite que tous les acteurs, des petites compagnies d’artistes jusqu’aux producteurs de gros festivals, en passant par l’industrie des nouvelles technologies, mettent la main à la pâte pour faire de Montréal une métropole incontournable. Une métropole qui attire l’investissement et le tourisme grâce à ses produits culturels, et qui mise sur l’exportation. Pour encourager cette dynamique, il importe, explique Mme Gauthier, de sortir d’une vision en silo de la culture comme un domaine à part pour la penser comme un élément transversal.

Souplesse et entrepreneuriat

« L’offre culturelle à Montréal est très abondante et diversifiée. Par habitant, on est une des métropoles qui investissent le plus en culture au Canada », rappelle Mme Gauthier. Cette générosité des pouvoirs publics a contribué à positionner Montréal comme une grande métropole culturelle. Aujourd’hui, Montréal est reconnue mondialement pour ses effets spéciaux, son cirque, son théâtre jeunesse, ses grands festivals. D’ailleurs, Manon Gauthier a dernièrement participé à une mission à Los Angeles axée sur le leadership de Montréal en réalité virtuelle et augmentée.

En cohérence avec cette vision pour le développement de Montréal, un des objectifs de la nouvelle politique culturelle est la stimulation. En favorisant un contexte propice à la création, à la production et à la diffusion de ce qui se fait ici, la Ville cherche à augmenter les retombées économiques du secteur culturel. « Ce que nous souhaitons, c’est rapprocher l’artiste de l’entrepreneuriat », déclare Manon Gauthier. Une vision nouvelle de l’activité artistique, qui met l’accent sur la chaîne d’économique que l’activité artistique génère. « C’est un modèle qui permet d’avancer pour la culture » en favorisant la mutualisation entre les entreprises culturelles et les artistes, continue Mme Gauthier. Elle concède que le terme entrepreneuriat peut effrayer les milieux artistiques et qu’il va falloir un grand travail de « pédagogie » pour faire adopter cette approche. Et tient à rappeler que cela ne signifie pas un désengagement de la part des institutions pour soutenir les artistes.

Stimuler le développement signifie également mettre à profit la création numérique, devenue « incontournable ». Un projet né de cette nouvelle vision axée sur la collaboration et l’entrepreneuriat est le nouveau partenariat entre la Ville, Tourisme Montréal et l’UQAM. Par la création d’un laboratoire d’innovation en tourisme, « on met la technologie au service du développement culturel et touristique ».

Alors que la Ville veut rester à l’affût de l’innovation et favoriser les nouvelles technologies, il n’est plus réaliste de fonctionner avec des politiques de dix ans. Dans un contexte qui évolue de plus en plus rapidement, il fallait se doter de moyens plus flexibles. C’est ainsi ce qui va être demandé au Conseil des arts de Montréal. Cet organisme central pour l’accompagnement et le soutien financier aux artistes, avec un budget de 14,5 millions en 2017, verra son rôle renforcé, mais aussi plus intégré avec les orientations de la politique culturelle de la Ville. Manon Gauthier rappelle que le Conseil est déjà à l’avant-plan, ayant revu ses programmes et s’ouvrant aux arts numériques et à la multidisciplinarité. Mais les programmes devront également être repensés : « Les programmes ont été établis il y a des décennies et on constate maintenant que la réalité change tellement rapidement », plaide-t-elle.

Créer ensemble

Il importe donc de sortir des anciens modèles, trop limitatifs. La Ville cherche à « rassembler les forces vives pour stimuler la création », où chaque acteur collabore et travaille de manière transversale. Or, pour rendre visible cette transversalité, il faut avant tout rendre visible l’interdépendance entre la vie économique, la vie de quartier et l’offre culturelle de Montréal.

L’une des propositions qui rencontrent le plus d’écho en ce sens est l’utilisation du patrimoine architectural pour devenir des lieux de création. L’ancienne tour d’aiguillage de la rue Wellington par exemple, se transformera prochainement en incubateur urbain. S’y côtoieront galerie d’art, restaurant et ateliers d’artistes.

C’est également en ce sens qu’a été pensé le 375e anniversaire de Montréal. « Le 375e n’est pas une fin en soi, mais une occasion de relance pour la métropole », déclare Mme Gauthier. Avec une année à la programmation chargée en offre culturelle, la Ville a voulu favoriser les expériences de proximité, en travaillant main dans la main avec les arrondissements. Mais il était aussi important de laisser des legs durables après les célébrations. En privilégiant les partenariats avec les grandes entreprises et les projets mixtes, Montréal espère donner un aperçu de la richesse de ce qu’elle a à offrir comme grande métropole culturelle.