Quinze ans de Culture Montréal

Mémoire ardente, de Gilbert Boyer, oeuvre souvenir du 350e de Montréal. 
Photo: François Pesant Le Devoir Mémoire ardente, de Gilbert Boyer, oeuvre souvenir du 350e de Montréal. 

Il y a 15 ans, Montréal avait un tout autre visage. Parmi ses principales vitrines culturelles figuraient le Festival international de nouvelle danse, le Spectrum, Excentris, la revue Parachute, tous disparus depuis. Mais en 2002 naissait aussi une part de ce qui fait l’identité culturelle de la ville, le Quartier des spectacles, notamment, ainsi que l’organisme parapluie Culture Montréal, « un mouvement citoyen pour les arts et la culture ».

Quinze ans déjà et Culture Montréal, qui souffle ses bougies jeudi, peut se satisfaire du chemin parcouru. Pour Liza Frulla, l’ex-politicienne experte en matière culturelle, la longévité de l’organisme dont elle préside le conseil d’administration depuis octobre est un signe que tout va pour le mieux.

« On crée de la cohésion sociale et on arrive à favoriser l’accès à la culture. [On croit] à la démocratie culturelle », dit l’actuelle directrice de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec.

On n'est pas dans l'action. La mission première de Culture Montréal consiste à réfléchir et à voir venir. 

 

Chien de garde, conseiller phare, bouillon d’idées, Culture Montréal est un peu tout ça. Avec près de 1000 membres, professionnels du milieu ou non, l’entité pèse de sa voix rassembleuse. Si elle ne finance ni ne réglemente d’aucune manière, elle « examine et analyse tout ce qui est jugé d’intérêt culturel », résume Mme Frulla.

« On n’est pas dans l’action, se plaît-elle à dire. La mission première de Culture Montréal consiste à réfléchir et à voir venir. »

L’organisme veille au grain et émet des avis judicieux, notamment à l’approche de dépôts budgétaires à Québec, d’élections municipales ou du renouvellement de politiques culturelles, comme celle actuellement en phase d’audiences publiques à la Ville de Montréal.

Indépendant et non partisan, le regroupement est aussi consulté en cas de conflit. Lors de la crise des ateliers d’artistes du Mile-End ou de la quasi-disparition du Grand Costumier de Radio-Canada, l’intervention des experts réunis par Culture Montréal aura été d’un apport bénéfique.

« Voir venir »

Pour bien « voir venir », Liza Frulla a mis en place le concept de « commission permanente », groupe restreint de quatre personnes (dont un membre du conseil d’administration de Culture Montréal) chargé d’un champ culturel spécifique. En cette journée de 15e anniversaire, l’organisation dévoile la mission et la composition des quatre commissions permanentes créées.

Il y en aura une qui s’occupera de « citoyenneté culturelle », soit « l’adhésion des jeunes et de tous les citoyens à la vie culturelle ». « Toute la question de la diversité culturelle entre dedans aussi », explique la présidente.

La commission « du cadre de vie » agira dans le secteur de l’urbanisme, du patrimoine, de l’architecture et du design, alors qu’une autre ne se préoccupera que d’art public. Enfin, celle baptisée « Montréal numérique » cherchera à mobiliser davantage ceux qui ont fait de la ville une référence dans le domaine, qu’ils soient issus de l’art ou de l’industrie.

« Le numérique, c’est un secret trop bien gardé, alors qu’on rayonne internationalement à cause de [lui]. C’est un gigantesque paradoxe », estime Alain Saulnier, appelé à coprésider la commission Montréal numérique.

L’ancien patron de la salle de nouvelles de Radio-Canada veut faire de Montréal une vraie ville intelligente, « pas juste un slogan ». Il aimerait, par exemple, que les projections sur des façades ne soient pas que l’affaire du Quartier des spectacles, mais de tout le territoire. « La reconnaissance passera par plus d’actions. Il faut travailler sur des stratégies », dit celui qui souhaite d’ici un an aboutir à un vrai plan d’action.

Membre de Culture Montréal depuis 2012, Alain Saulnier croit fermement que l’organisme citoyen a un rôle moteur à jouer. Et qu’il a un impact bénéfique, pas juste virtuellement.

« L’intention de sauver le Grand Costumier n’avait pas été prise jusqu’à ce qu’on intervienne. Culture Montréal a été très utile. C’est lui qui a lancé toutes les démarches pour réunir les [gens concernés] », affirme-t-il.

Rappelons que les 90 000 vêtements et accessoires du costumier de Radio-Canada, fermé en 2015, sont désormais conservés dans l’édifice Gaston-Miron, siège du Conseil des arts de Montréal. Qui sait si les importantes vitrines culturelles aujourd’hui disparues, citées plus haut, auraient pu être sauvées si Culture Montréal était né bien avant 2002.