Radical libre

L'humoriste Fred Dubé
Photo: Diane Breton L'humoriste Fred Dubé

Habitué du Zoofest, Fred Dubé n’est pas encore rompu aux grandes salles. Visiblement nerveux en s’amenant sur la scène du Club Soda mercredi soir, afin d’y présenter son sixième spectacle solo, il a tout de même traité le public de « marde ». Après avoir énuméré toutes les inepties dont le public se régale, il a alors reconnu que ses éclats de rire allaient déterminer s’il allait « se coucher heureux ou se pendre dans la chambre du bébé ».

Que ceux qui n’étaient pas au Club Soda hier soient rassurés : l’humoriste, qui n’a pas peur de se mouiller, a su rallier le public. Si quelques blagues peuvent rester en travers de la gorge ou faire grincer des dents, la plupart du temps, soit l’on rit jaune, soit l’on rit franchement. Et plus la soirée avance, plus l’humoriste prend de l’assurance, réservant ses propos les plus audacieux pour la fin.

Celui qui a déjà prétendu avoir la coquinerie de Passe-Montagne et la dégaine de Ron Jeremy frappe sur bien des cibles : la gauche, la droite, TVA, Radio-Canada, Radio X, Montréal, Québec, les régions, les jeunes, les vieux, les bobos, les hipsters, les vedettes, les politiciens… Bref, ce diplômé de l’École nationale de l’humour cuvée 2005 en a gros sur le coeur. Et ce qui l’indigne au plus haut point, c’est la médiocrité, l’ignorance et les raccourcis intellectuels. Chaque jour, l’actualité lui apporte plus que son lot d’indignation.

D’ailleurs, il ne se gêne pas pour ramener l’énormité prononcée par Pierre Bruneau lors de la couverture des attentats de la mosquée de Sainte-Foy. Dubé dit avoir souhaité que le lecteur de nouvelles fasse son mea culpa en annonçant qu’il est un « djihadiste de la désinformation », car « cela aurait été la chose la plus pertinente depuis la lecture du manifeste du FLQ en 1970 ». Eh oui, Fred Dubé ose s’attaquer aux intouchables. Rappelez-vous son coup de gueule contre Martin Matte dans sa chronique au journal Métro.

Certains passages tournent un peu à vide, comme ce long éloge du scrotum de Gino Chouinard. Très souvent, l’humoriste nous amène très loin et, sans qu’on s’y attende, lance une réflexion qui désamorce son propos ou déconcerte le public. Par exemple, après s’être adressé à la dépouille du petit Syrien Alan Kurdi pour lui expliquer que ce sont cent ans de conflits guerriers qui l’ont fait échouer sur cette plage turque, il ajoute que cela ferait un beau témoignage à La voix.

Bon prince, Fred Dubé sait aussi se moquer de lui-même. S’autoproclamant l’humoriste le plus désengagé, il rappelle avoir été remercié de ses services aux Échangistes, « cimetière où la pertinence est morte », et à Plus on est de fous, plus on lit ! sous prétexte qu’il était trop radical : « Je suis un homme hétérosexuel armé d’une carte de crédit ! » Il énumère alors tout ce qui est radical selon les bien-pensants, renvoyant chacun à ses propres contradictions. Après s’être attaqué au soi-disant vent de changement de Justin Trudeau, il parle alors de la mort de la culture québécoise, emportée en même temps que René Angélil, dans un numéro qui est sans doute le plus corrosif. Eh oui, Fred Dubé tire à boulets rouges, mais il s’en tire toujours avec une pirouette. Après tout, un taquin, bien qu’anarchiste, n’est jamais bien méchant.

Anarcho-taquin

De Fred Dubé, en tournée jusqu’au 12 mai

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