Louis-Joseph Papineau n’était pas franc-maçon

Portrait du leader des Patriotes, Louis-Joseph Papineau, datant de 1872
Photo: Bibliothèque et archives du Canada Portrait du leader des Patriotes, Louis-Joseph Papineau, datant de 1872

La légende courait librement depuis des années. L’historien Georges Aubin vient de l’arrêter : non, le bouillant Louis-Joseph Papineau, chef des patriotes de 1837-1838, n’était pas un franc-maçon.

Spécialiste des archives des Papineau, auxquels il a consacré de nombreux travaux au cours des trente dernières années, l’historien et chercheur estime avec une pointe d’humour qu’« un grand nombre de Québécois sont devenus francs-maçons après leur mort », mais sans preuve aucune. C’est bien ce qui est arrivé, juge-t-il, au chef patriote, devenu ainsi utile à ceux qui tenaient à le tirer de ce côté. C’est ce que montre Aubin dans le numéro courant de la revue de la Société historique de Montréal.

Dans les 1800 lettres privées de Papineau recensées, on ne trouve la mention de franc-maçon qu’une seule fois, commence par observer Aubin. Et encore cette mention est-elle tout à fait anodine, puisqu’elle concerne la description d’un député conservateur d’Ottawa.

Qu’on me laisse tranquille désormais avec la franc-maçonnerie de Papineau

 

L’historien Aubin reproche surtout à Léon Z. Patenaude (1926-1989) d’avoir répandu cette légende. Franc-maçon lui-même, collectionneur, polémiste, homme d’affaire et de culture proche de Jean Drapeau, Léon Z. Patenaude avait notamment utilisé à cette fin les pages du Devoir. En 1988, Patenaude avait en effet publié dans les pages du journal fondé par Henri Bourassa, le petit-fils de Papineau, un long texte où il assimilait le patriote à houppette à la franc-maçonnerie.

« Le texte de Patenaude est un bel embrouillamini cousu de fil blanc », résume Aubin en démontant une à une ses propositions.

La loge maçonnique à laquelle Papineau aurait appartenu, selon Patenaude, est inventée de toutes pièces, montre Aubin, tout en relevant par ailleurs des erreurs factuelles.

Aucune trace en France

« Certains ont dit que Papineau était affilié au Grand Orient de France et qu’il avait été initié pendant son séjour parisien », explique Aubin. Habitué des voyages de recherche dès lors qu’il est question de vérifier un point d’histoire, Georges Aubin s’est rendu sans hésiter à Paris pour en avoir le coeur net. Il a fouillé les archives du Grand Orient de France. Or les seules traces de Papineau qu’il y a relevées sont récentes. Elles proviennent du Québec, par l’effet d’agitation qu’a connu ce mythe au cours des dernières années.

Alors qu’il se replonge dans ses travaux toujours nombreux, Georges Aubin se fait catégorique et sans appel. Il ne demande désormais qu’une chose, dit-il : « Qu’on me laisse tranquille désormais avec la franc-maçonnerie de Papineau. » En un mot, après avoir fait le tour de la question, il déclare que « rien ne le prouve ». Dossier fermé. Pour lui, l’affaire est à classer au rayon des mythes et des affabulations qui ont servi davantage quelques intéressés que la connaissance de l’histoire.

2 commentaires
  • Pierre Deschênes - Abonné 3 janvier 2017 06 h 35

    Partie manquante

    Malgré que son texte soit très intéressant, M. Nadeau laisse cependant le néophyte quelque peu sur son appétit en ne lui expliquant pas, fut-ce minimalement, ce qu'est la franc-maçonnerie.

  • Bernard Morin - Abonné 3 janvier 2017 09 h 54

    Comme quoi la post-réalité est antérieure à Donald Trump.