Bras de fer en vue concernant le studio Ernest-Cormier

L'édifice Ernest Cormier pourrait être converti en résidence privée.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L'édifice Ernest Cormier pourrait être converti en résidence privée.

L’arrondissement du Plateau-Mont-Royal n’entend pas permettre au nouveau propriétaire du studio Ernest-Cormier de faire du bâtiment patrimonial sa résidence principale. Le zonage de cet immeuble est institutionnel et il le demeurera, a indiqué le maire du Plateau, Luc Ferrandez.

Entrepreneur dans le domaine de l’asphaltage, Luc Lachapelle s’est porté acquéreur du studio Ernest-Cormier en novembre dernier à la suite de l’appel de propositions lancé par la Société québécoise des infrastructures (SQI). M. Lachapelle s’y est installé avec sa famille pour faire de l’immeuble sa résidence privée.

L’arrondissement du Plateau ne l’entend pas de cette oreille. Le zonage du studio Ernest-Cormier est institutionnel et seuls les usages d’équipements éducatifs, culturels, civiques ou administratifs y sont autorisés. « Si certains équipements à l’intérieur du bâtiment peuvent permettre d’y résider temporairement, l’habitation est accessoire à l’usage de ce studio, qui a toujours été dédié aux arts », explique Michaël Tremblay, chef de division urbanisme et patrimoine à l’arrondissement du Plateau.

Dans un premier temps, le service des inspections de l’arrondissement entend rencontrer le propriétaire pour l’informer de la réglementation et des constats d’infraction pourraient lui être remis. Si M. Lachapelle refuse de se conformer au règlement de zonage, l’arrondissement pourrait s’adresser à un tribunal afin de tenter d’obtenir une injonction et faire cesser cet usage non conforme, a précisé M. Tremblay : « Et si on obtenait un tel jugement et que le citoyen ne le respectait pas, il est sujet à un outrage au tribunal et là, ça devient très sérieux. »

Faire un exemple

Le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, est catégorique : pas question pour l’arrondissement de laisser le propriétaire utiliser l’immeuble à sa guise. « J’espère qu’il va nous trouver intransigeants. On veut en faire un exemple. On ne peut pas faire n’importe quoi avec le zonage. On ne niaise pas avec ça », a dit le Luc Ferrandez au Devoir.

Le maire du Plateau reproche à la SQI d’avoir défini le studio Ernest-Cormier comme une habitation dans les documents de mise en vente de l’immeuble, une information susceptible d’induire l’acheteur en erreur.

L’arrondissement du Plateau craint que la SQI utilise les mêmes méthodes lorsqu’elle mettra en vente l’Institut des sourdes-muettes, un immeuble patrimonial situé au 3725, rue Saint-Denis. Depuis que l’ex-Agence de la santé et des services sociaux de Montréal a quitté les lieux, le bâtiment est vacant. L’arrondissement a déjà signifié à SQI que l’immeuble ne pourrait être converti en logements.

Un droit acquis ?

Joint par Le Devoir, Luc Lachapelle a réfuté les affirmations de l’arrondissement et de son maire. Il soutient que l’usage habitation est un droit acquis et que c’est ainsi que la SQI a défini l’immeuble lors de sa vente. « C’est une résidence depuis 1921. C’est certain qu’on va tout faire pour faire reconnaître cet usage-là », a-t-il indiqué.

Il a rappelé qu’Ernest Cormier avait lui-même habité ce studio : « En son honneur, on va s’assurer que cet usage mixte continue. » Le studio pourrait accueillir des vernissages à l’occasion, mais le bâtiment sera principalement utilisé comme résidence, a-t-il précisé.

M. Lachapelle ne craint pas les démarches que pourrait entreprendre l’arrondissement devant les tribunaux. « M. Ferrandez, c’est M. Ferrandez, a-t-il dit. Si c’est comme ça qu’il règle les choses, c’est sûr qu’on va l’accompagner. Ça ne nous empêchera pas de dormir. »

Rappelons que Luc Lachapelle, qui dirige Construction Bauval, a payé 954 000 $ pour faire l’acquisition du studio Ernest-Cormier. Son offre était la plus élevée des six propositions d’achat reçues par la SQI. Celle-ci a d’ailleurs reconnu que le prix était le principal critère dans le choix de l’acheteur.

L’immeuble a été classé par le ministère de la Culture en octobre 2016.

2 commentaires
  • Hélène Paulette - Abonnée 22 décembre 2016 10 h 15

    La SQI???

    N'est-ce pas l'organisme où sévissent les petits amis du régime? Après avoir dilapidé le patrimoine, voici qu'on vend tout-à-coup au meilleur prix sans se soucier de l'avenir du batiment. Curieux...

  • Hélène Paulette - Abonnée 22 décembre 2016 10 h 17

    Dixit Luc Lachapelle...

    "on va faire des vernissages de temps en temps". Nous prend-on pour des valises?