Le Noël métissé de Boucar Diouf

Boucar Diouf se fera conteur aux côtés de l’OSM durant les Fêtes.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Boucar Diouf se fera conteur aux côtés de l’OSM durant les Fêtes.

Il a découvert Noël à l’âge de 25 ans, en même temps qu’il découvrait le Québec. Musulman d’origine, « disciple de Darwin » aujourd’hui, il vit un Noël « métissé serré ». Né au Sénégal, Gaspésien d’adoption, citoyen du monde, Boucar Diouf nous fera partager ce Noël en bonne compagnie, à la Maison symphonique de Montréal, les 21, 22 et 23 décembre prochains. Il sera en effet accompagné par rien de moins que l’Orchestre symphonique de Montréal, dirigé par Jean-François Rivest, mais aussi par le groupe Vent du Nord, par le chanteur Patrice Michaud et par le percussionniste Élage Diouf.

Le trac du conteur

La semaine dernière en entrevue, le conteur était encore sous le coup du trac d’être ainsi accompagné d’un orchestre classique. Ce sera d’ailleurs la première fois qu’il verra un orchestre symphonique en direct. « J’ai grandi avec les tambours. J’ai appris à aimer la musique classique tranquillement », explique-t-il.

Plus qu’un conte, c’est un voyage à travers de petites histoires que Boucar Diouf proposera aux spectateurs. « J’aime beaucoup quand les choses touchent la rate et le coeur », assure-t-il. Son propos s’intéressera à Noël, mais aussi, plus précisément, à la nourriture, aux personnes âgées, à la nostalgie.

Il va jusqu’à remercier le consumérisme d’avoir permis de garder cette tradition bien vivante. Depuis 17 ans, à Noël, lui et sa blonde franchissent les centaines de kilomètres qui les séparent de la Gaspésie, près de Matane.

« S’il n’y avait pas 800 dollars de cadeaux dans l’auto, est-ce qu’on ferait tout ce kilométrage pour la seule fête de Jésus ? », demande-t-il.

La nostalgie de Noël

Pour lui, la fête de Noël est fondamentalement nostalgique.

« C’est sûr que quand il y a des rassemblements », on devient nostalgique de sa propre famille, lorsqu’on est loin de celle-ci, dit-il.

Au Sénégal, 90 % de la population est de confession musulmane, et ne célèbre pas Noël, mais bien l’Aïd, ou la fête du mouton, à des dates différentes selon les années. Durant cette fête, on ne se donne pas de cadeaux, mais on se fait souvent confectionner un habit coûteux, et on achète beaucoup de nourriture, dit-il.

La coutume veut cependant qu’à l’occasion de l’Aïd, les musulmans partagent la viande avec leurs voisins chrétiens, relève-t-il. Pour Diouf, c’est un geste de « fraternité exemplaire ». Tout athée qu’il soit, il dit avoir « un profond respect pour la liberté de conscience ».

Sa famille, musulmane, demeure par ailleurs très croyante.

Il dit avoir accepté de donner ce spectacle comme un exercice de « raccommodement », avant Noël.

Pour pousser le métissage un peu plus loin, le groupe Vent du Nord viendra donner des accents de musique traditionnelle au spectacle. Les pièces du groupe se mêleront au répertoire classique traditionnel. Le chef Jean-François Rivest a l’habitude de ces concerts mixtes. « Il faut d’abord se mettre au diapason sur des choses aussi simples que la nature de la pièce », dit-il.

Il se souvient d’avoir déjà joué avec Ti-Jean Carignan, qui ne pouvait même pas nommer les notes ! Ça n’est évidemment pas le cas des jeunes du Vent du Nord.

« Le Vent du Nord, c’est une équipe de jeunes extrêmement allumés, ça va être facile de travailler ensemble. » L’OSM jouera certaines pièces tirées du répertoire de Noël, comme le pas de deux de Casse-Noisette, mais aussi le premier mouvement de la Cinquième symphonie de Schubert, parce que c’est « beau et tendre », dit Jean-François Rivest, et que la pièce se marie bien au texte de Boucar Diouf.

2 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 19 décembre 2016 19 h 30

    Merci Boucar

    Pour ce Noël métissé intégré.
    Hâte à voir et à entendre.
    Ce sera un cadeau !

  • Paul Marcoux - Abonné 19 décembre 2016 20 h 05

    Je verrais et entendrais bien volontiers un métissage du Sénégal de Boucar et du St-Élie de Fred!