La Fondation Max Stern récupère deux œuvres spoliées par les nazis

«Navires en détresse dans la tempête», Jan Porcellis
Photo: Fondation Max et Iris Stern «Navires en détresse dans la tempête», Jan Porcellis

La fondation Max Stern, dont les universités Concordia, McGill et l’Université hébraïque de Jérusalem sont légataires, a récupéré lundi deux oeuvres de maîtres anciens néerlandais dont les nazis avaient dépossédé la famille Stern avant la Seconde Guerre mondiale.

Il s’agit de Navires en détresse dans la tempête, du peintre de marine Jan Porcellis, et de Paysage avec chèvres, du peintre animalier Willem Buytewech le Jeune. L’une sera retournée à Amsterdam pour des fins de recherche et l’autre sera immédiatement exposée à Düsseldorf dans le cadre d’une exposition sur Max Stern. Cette exposition sera présentée à Montréal en 2019. La récupération d’oeuvres vendues de force par la famille Stern sous le régime nazi a débuté il y a une quinzaine d’années.

« Ce sont des oeuvres de très grande valeur », dit Clarence Epstein, qui représentait cette semaine la Fondation à Berlin. Les maîtres anciens néerlandais faisaient partie de l’expertise de la famille Stern, qui tenait une galerie à Düsseldorf, avant la Deuxième Guerre mondiale.

« Pendant les dernières années de la galerie, le gouvernement nazi a forcé les familles juives, surtout les marchands juifs, à liquider leurs stocks parce qu’ils n’avaient plus le droit de tenir une galerie allemande », ajoute Epstein. Les marchands juifs ont d’abord dû vendre leur collection à des prix très bas. Puis, ils ont dû laisser le reste dans des maisons aux enchères reconnues par les nazis, qui avaient le droit de les liquider.

Photo: Fondation Max et Iris Stern «Paysage avec chèvres»
C’est ainsi que quelque 400 oeuvres de la collection Stern auraient disparu, dont seulement 15 ont été retrouvées par la Fondation au cours des 15 dernières années.

« En Allemagne, il n’y a pas de loi qui considère les ventes forcées historiques comme illégales, dit Epstein. Aux États-Unis, il y a un jugement qui soutient le retour de ces oeuvres. »

La fondation doit donc user d’encouragements et de persuasion pour convaincre les possesseurs de ces oeuvres de les rendre à la Fondation.

C’est ce qui est arrivé dans les deux derniers cas.

« C’est grâce à une information anonyme issue du marché de l’art que la Fondation Stern a appris que l’oeuvre Navires en détresse dans la tempête, du peintre de marine Jan Porcellis (vers 1584-1632), avait été mise en consigne à la maison de vente aux enchères Metz, à Heidelberg. Des représentants de la fondation à l’Holocaust Claims Processing office (HCPO) du Department of Financial services de l’État de New York en ont avisé la société. Peu après, des échanges ont été amorcés avec les consignateurs, à qui on a expliqué que, durant la période nazie, l’oeuvre avait été vendue sous la contrainte afin d’obtenir un visa pour la mère de Max Stern. Et à la suite de discussions amicales entre les consignateurs et l’HCPO, l’oeuvre a été restituée », peut-on lire dans le communiqué de l’Université Concordia.

La présence de la seconde toile, Paysage avec chèvres, a été signalée à la German Lost Art Foundation par la police criminelle fédérale allemande, alors qu’elle avait été mise en consigne à la maison de vente aux enchères Stahl, à Hambourg.

Max Stern s’est installé à Montréal en 1941 après avoir fui l’Europe et y a dirigé la galerie Dominion. Sans enfants, lui et sa femme, Iris, ont légué leurs biens à la Fondation.