Le studio Ernest-Cormier a trouvé preneur

Le studio Ernest-Cormier a été construit en 1921 par cet architecte important, qui en fit son atelier.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le studio Ernest-Cormier a été construit en 1921 par cet architecte important, qui en fit son atelier.

Après avoir mené un processus d’appel d’offres ayant attiré six acheteurs potentiels, la Société québécoise des infrastructures (SQI) a conclu la vente du studio Ernest-Cormier à Luc Lachapelle, un entrepreneur en asphaltage qui a fait l’acquisition à titre personnel de ce site classé patrimonial.

M. Lachapelle a confirmé la transaction au Devoir, précisant que l’édifice situé au 3460, rue Saint-Urbain à Montréal, payé 954 000 $, lui servirait de domicile. L’acte de vente a été signé le 18 novembre dernier.

Le studio Ernest-Cormier a été construit en 1921 par cet architecte important, qui en fit son atelier. Le bâtiment a été vendu au gouvernement du Québec en 1944 et a notamment accueilli des artistes en résidence.

Un lieu particulier et protégé

« C’est fait, c’est acquis, c’est payé, on y est pas mal déménagé, a raconté M. Lachapelle, qui connaissait bien le studio pour avoir déjà vécu près des lieux. C’est ma maison, avec les enfants on est en train de l’apprivoiser. C’est vraiment un lieu particulier, ultramoderne même si ç’a presque 100 ans. On est en train de l’assimiler. »

En octobre dernier, le ministère de la Culture et des Communications avait procédé au classement du site, afin de protéger l’immeuble patrimonial et son terrain.

Luc Lachapelle avait indiqué en juin au Devoir qu’il entendait conserver la vocation d’atelier et de lieu de création de l’immeuble. « On veut que le bâtiment ait une vocation ouverte », avait-il dit à l’époque. Aujourd’hui, il envisage davantage d’ouvrir les portes du studio à l’occasion, « pour des vernissages d’amis artistes », ou pour certains passionnés triés sur le volet. « Ce ne sera pas un lieu public, mais ça sera ouvert dans ce sens-là. »

La meilleure offre

Le critère qui a guidé la SQI dans le choix de l’acheteur se limite essentiellement au prix proposé. « L’offre [de Luc Lachapelle] correspondait à la valeur marchande de l’immeuble », a indiqué le porte-parole de la SQI, Martin Roy. Ainsi, les intentions des acheteurs potentiels importaient peu. Il reviendra au nouveau propriétaire de respecter le règlement municipal et les règles liées au classement de l’immeuble par Québec, a précisé M. Roy.

Selon le rôle foncier courant, la valeur de l’immeuble s’élève à 1 million, une baisse par rapport à l’an dernier, alors que la valeur atteignait 1,18 million.

Déceptions

La SQI a donc préféré l’offre de M. Lachapelle à celle des cinq autres intéressés, dont celle de la Société pour la sauvegarde du studio Ernest-Cormier, un organisme à but non lucratif fondé à l’automne dernier dans la foulée de la mise en vente de l’édifice. Sa présidente Mélissa Pilon s’est réjouie du classement patrimonial de l’édifice, mais déplore le choix de la SQI.

« Une fois de plus, le gouvernement libéral a pris une décision mercantile en choisissant un projet privé plutôt que de choisir un projet collectif pour les citoyens du quartier. »

La Société, entre autres appuyée par Phyllis Lambert et Nathalie Bondil, voulait implanter un centre de recherche, de création et de diffusion « où le public côtoiera[it] des créateurs venus d’ici et d’ailleurs ».

« Notre projet comme tel va continuer d’exister, on cherche un autre endroit, explique Mme Pilon. Mais c’était un lieu idéal, qui touchait à toutes les formes d’art que Cormier utilisait, l’architecture, le design. »

L’architecte Josette Michaud, qui avait fait une offre de 464 000 $ avec son associé Pierre Beaupré, n’était pas choquée du choix de la SQI. « Que M. Lachapelle ait décidé de l’acheter à ce montant-là, c’est son droit le plus strict. Il y a des gens qui achètent des tableaux pour dorer leur blason. Un entrepreneur en construction a bien le droit de démontrer sa perspicacité et son intérêt pour la chose culturelle en achetant un lieu comme ça. »

Elle se demande maintenant si quelqu’un pourra construire sur le terrain à côté du studio. « Ça ne serait pas nécessairement mauvais. C’est un terrain vague, quelqu’un pourrait faire un autre studio. Le classement n’interdit pas la construction, il y a un contrôle que le gouvernement peut exercer sur le terrain, mais ça ne veut pas dire qu’il n’est pas “construisible”. »