Les 21 nuances de la bibliothèque de demain

La bibliothécaire en chef de Concordia, Guylaine Beaudry, est persuadée que la rénovation de la bibliothèque de l’université saura plaire aux étudiants et peut-être, qui sait, leur donner le coup de pouce nécessaire pour réussir.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La bibliothécaire en chef de Concordia, Guylaine Beaudry, est persuadée que la rénovation de la bibliothèque de l’université saura plaire aux étudiants et peut-être, qui sait, leur donner le coup de pouce nécessaire pour réussir.

L’Université Concordia est engagée dans des travaux de rénovation qui donneront bientôt une seconde vie à sa bibliothèque Webster, située au centre-ville de Montréal. À une époque où les bibliothèques universitaires tentent de se réinventer en se décloisonnant, celle de l’établissement anglophone a fait le pari d’allier modernité et tradition.

Dans cette portion toute neuve de la bibliothèque en chantier, Guylaine Beaudry nous présente les lieux comme s’il s’agissait de sa maison. La configuration des espaces de travail, le revêtement des murs, l’éclairage : pour elle, chaque détail compte.

S’arrêtant devant une porte vitrée, la bibliothécaire en chef de Concordia désigne un pictogramme. Un personnage fait signe de garder le silence dans cette pièce. « Vous voyez qu’il a un sourire ? Je me suis battue longtemps pour ça, dit-elle en riant. Je veux que les gens aient du plaisir en venant ici, qu’ils sentent que c’est un endroit accueillant. »

Des anecdotes comme celle-là, Mme Beaudry en raconte plusieurs alors qu’on défile dans les couloirs de cette bibliothèque dont la rénovation a débuté en janvier 2015. Elle répète que ce lieu, c’est pour « ses » étudiants qu’il a été pensé et conçu.

« Ce qu’on entendait au moment où on a pris nos décisions et ce qu’on voyait dans les autres universités, c’était de grands espaces collaboratifs, ouverts, où on peut parler, où le mobilier est mobile. Et ce que mes étudiants me disaient, ce n’était pas ça, se souvient-elle. On les a écoutés, plutôt que de répondre à des tendances. » Ce que les étudiants ont demandé, d’abord et avant tout, c’est de l’espace et… du silence.

Besoin criant

La rénovation de la bibliothèque Webster est devenue nécessaire pour permettre à ce lieu de réussir son « passage au numérique », mais surtout pour répondre à un criant manque d’espace, souligne Mme Beaudry.

En 1992, lors de l’inauguration de la bibliothèque, 16 000 étudiants fréquentaient l’Université Concordia. Plus de 20 ans plus tard, en 2014, ce nombre est passé à 46 000, sans que l’espace disponible suive le rythme. L’université a donc privilégié un traitement-choc en augmentant de plus de 100 % le nombre de places offertes pour travailler, les faisant passer d’environ 1500 à plus de 3100.

« À partir du moment où on a commencé à ajouter des places, on a vu le nombre de visites augmenter. Pendant une très bonne journée, avant les rénovations, on avait 8000 ou 9000 visites par jour. Nous sommes montés à 13 000 lors de la dernière session, pendant la période des examens », affirme Mme Beaudry.

À chaque tâche son espace

Le souhait de Guylaine Beaudry, c’est que chaque étudiant puisse trouver dans la bibliothèque Webster l’endroit qui lui convient. Son équipe et elle ont donc prévu 21 types d’espaces différents, regroupés en 4 grandes catégories. Il y a d’abord les espaces silencieux : certaines salles permettent aux étudiants d’utiliser un ordinateur, alors que d’autres pièces « zéro bruit » interdisent l’utilisation d’un clavier.

Un peu plus loin, on trouve des espaces collaboratifs, fermés ou ouverts. Il y a également des espaces d’enseignement et, finalement, ceux qui concernent le « programme technologique ». Comme l’escalier principal, à partir duquel on pourra entendre des extraits de livres récités, ou encore le « bac à sable technologique », qui donnera accès à différents outils technologiques aux étudiants de toutes les disciplines, à la manière d’un « Fab Lab ».

Derrière ces changements physiques, il y a bien sûr la transformation numérique de la bibliothèque, un passage obligé pour tous les établissements universitaires. « En 2004, dans les bibliothèques universitaires du Canada, c’était la première fois qu’on dépensait plus en numérique qu’en imprimé, pour les revues. Et ça a seulement continué à s’accélérer. Cette année, c’est 85 % de notre budget de plus de 5 millions qu’on attribue aux collections numériques », note la bibliothécaire en chef.

Dépenses nécessaires

Pour l’instant, les nouvelles sont bonnes. Si tout se déroule comme prévu, la dernière phase des travaux de rénovation devrait se terminer en août 2017, avec quelques mois d’avance sur l’échéancier et en respectant le budget de 33 millions de dollars.

Reste la question de l’investissement, qui peut faire sourciller en cette période de compressions budgétaires. « C’est un projet que les étudiants attendaient depuis longtemps. En leur donnant de bonnes conditions pour étudier, nous n’avons pas l’impression de faire du gaspillage de fonds publics, loin de là, répond Mme Beaudry. Il n’y a pas un sou des budgets de fonctionnement de l’Université qui a été utilisé. » Le budget provient presque entièrement du Plan québécois des infrastructures du gouvernement du Québec, tandis que les étudiants de Concordia ont contribué à la hauteur d’un million de dollars.

Guylaine Beaudry est persuadée que ce projet saura plaire aux étudiants et peut-être, qui sait, leur donner le coup de pouce nécessaire pour réussir. « Nos étudiants ont des vies qui ne sont pas toujours faciles. Ils travaillent, plusieurs d’entre eux ont des enfants. Papa et maman sont parfois très loin, de l’autre côté de l’océan, affirme-t-elle. Au moment où ils viendront chercher leur diplôme, j’aimerais que les étudiants me disent que la bibliothèque a contribué à leur succès, qu’elle a fait une différence. »

1 commentaire
  • Isabelle Crépeau - Inscrit 5 décembre 2016 09 h 38

    Réaliser les défis des 20 dernières années

    Concordia est un exemple de dynamisme en bibliothèque universitaire. Guylaine Beaudry est tout à fait la personne qu'il faut pour porter les défis qui de dessinent depuis les derniers vingt ans et qui continuent de modeler le paysage du savoir et de l'accès à l'information.