Des chiffres et des vedettes

Guy Laliberté fait son entrée dans le club hypersélect des milliardaires des arts. Les humoristes, qui organisent leur gala demain, figurent en tête des artistes québécois les mieux payés. Portrait de groupe des rares chanceux du showbiz qui empochent la galette.

Le président et fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, fait partie des nouveaux milliardaires du palmarès Forbes publié cette semaine. Sauf erreur, il est le premier milliardaire du milieu des arts au Canada. M. Laliberté se situe au 514e rang de la liste avec une fortune évaluée à environ un milliard de dollars.

Les économistes néolibéraux proposent parfois l'allégorie du cheval et des moineaux: en se gavant, le roi canasson laisse échapper des miettes qui nourrissent la piétaille. Les artistes du cirque profitent en effet de la richesse créée par l'entreprise solaire. La belle affaire montréalaise a rendu plusieurs fondateurs multimillionnaires. Elle paie royalement ses concepteurs, qui peuvent facilement empocher plusieurs centaines de milliers de dollars pour les collaborations les plus importantes, par exemple à la mise en scène ou à la scénographie.

Les statistiques dévoilées cette semaine par l'étude Pour mieux vivre de l'art du ministère de la Culture du Québec en rajoutent. Les gens de cirque comptent pour la majorité des quelque 80 personnes de la catégorie «autres artistes de variétés». Leur revenu annuel moyen dépasse les 45 000 $, comparativement à environ 37 000 $ pour le reste des artistes et 28 700 $ pour les simples mortels contribuables.

Le document, qui lève le voile sur les revenus moyens des réalisateurs et metteurs en scène (52 800 $), des écrivains (51 800 $), des artistes du cinéma, de la télévision, des arts de la scène et des comédiens (37 800 $), fournit onze états de compte de groupes totalisant 15 671 artistes. Les 57 humoristes comptabilisés, avec un revenu moyen de 91 000 $, trônent loin en tête du palmarès.

«Le portrait me semble faussé par la faiblesse de l'échantillon de l'enquête», juge Francine Dubois, directrice générale de l'Association des professionnels de l'industrie de l'humour, qui organise le Gala des Olivier, diffusé demain soir par TVA. «Il y a beaucoup plus d'humoristes au Québec. L'École nationale de l'humour en forme depuis 15 ans. De nombreux jeunes triment fort, pour peu de revenus, dans les bars du Québec. Il ne faut pas se laisser berner par une statistique sur les plus privilégiés.»

Par contre, le revenu moyen des chanteurs demeure secret parce que les règles de confidentialité des organismes de la statistique interdisent de divulguer des données trop facilement liées à des personnes précises. «Il ne doit pas être possible de déduire les données d'un individu», explique l'introduction de cette étude rendue publique par la ministre de la Culture, Line Beauchamp.

En clair, c'est vraisemblablement pour protéger l'identité d'une chanteuse... connue de tout le monde que le ministère de la Culture a décidé d'exclure le groupe des chanteurs pop de son «portrait socioéconomique des artistes».

Les règles de confidentialité de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) prévoient deux cas types. Dans le premier cas, si un groupe compte moins de trois individus, la donnée demeure confidentielle. Dans le second cas, «si un ou deux individus ont une certaine importance ou comptent pour un certain pourcentage de l'activité dans leur groupe», selon les mots de Serge Bernier, directeur de l'Observatoire de la culture et des communications, responsable de cette étude, les données ne peuvent pas être divulguées. Mieux: ce pourcentage lui-même demeure secret. «Si je vous disais: "c'est tant pour cent", vous auriez déjà une idée de la situation que l'on veut garder confidentielle... », ajoute M. Bernier.