Touche pas à mon YouTube

Les résultats de l'enquête CROP révèlent que YouTube est de loin la plus populaire des plateformes au Québec, avec 65 % d’utilisateurs.
Photo: iStock Les résultats de l'enquête CROP révèlent que YouTube est de loin la plus populaire des plateformes au Québec, avec 65 % d’utilisateurs.

Les Québécois utilisent massivement les plateformes numériques, surtout YouTube, pour consommer de la culture. Beaucoup y consultent du contenu canadien et québécois, et les deux tiers jugent suffisante et accessible cette offre nationale en ligne. D’ailleurs, quatre adultes sur dix jugent que l’État n’a pas à intervenir dans ce domaine.

Ces positions documentées par un sondage récent éclairent les débats et les consultations en cours autour de la place du numérique dans la transmission de la culture. Ottawa et Québec ont engagé des travaux pour la révision de leurs politiques culturelles. Des groupes de pression réclament des mesures pour favoriser le financement, la diffusion et la découvrabilité de contenus nationaux en ligne, là où dominent des géants américains du Web.

« De façon générale, en fonction de leur consommation, les gens trouvent que le contenu canadien ou québécois se retrouve de manière satisfaisante sur les plateformes numériques et qu’il y est facile à trouver», résume Daniel Giroux, secrétaire général du Centre d’études sur les médias (CEM) de l’Université Laval qui a commandé l’étude.

L’enquête CROP a collecté un millier de questionnaires entre le 15 et le 19 septembre 2016. Les résultats ont été dévoilés vendredi dans le cadre du colloque L’avenir de la culture à l’ère numérique : les défis pour l’État, à Québec.

Les résultats révèlent que YouTube est de loin la plus populaire des plateformes au Québec, avec 65 % d’utilisateurs. La liste comprend de grandes entreprises américaines (Apple Music, iTunes) et des compagnies nationales (CBCMusic, ICI.Tou.tv, Illico ou Shomi qui fermera le 30 novembre). Netflix arrive en deuxième position (27 %), suivie par ICI.Tou.tv (17), Spotify (15) et Illico (14).

L’ordre demeure à peu près le même pour la consommation de contenus nationaux. Cette fois, on se retrouve avec YouTube en position impériale (45 %), suivie par ICI.Tou.tv (12), Netflix (11) et Illico (9) et Spotify (8).

Voici d’autres conclusions de l’enquête autour des trois axes abordés : l’utilisation des plateformes, la disponibilité des contenus et le rôle des gouvernements.

Utilisation. Près de quatre Québécois sur cinq (78 %) utilisent les plateformes numériques pour consommer de la musique ou de l’audiovisuel. Pour les jeunes de 18 à 34 ans, la proportion grimpe à neuf sur dix. Deux personnes âgées sur cinq (38 %) ne s’y branchent pas. Le revenu et la scolarité influent à la hausse sur la fréquentation. Par ailleurs, les deux tiers (67 %) des répondants consomment du contenu canadien ou québécois sur une plateforme numérique, mais ceux de la région de Québec dans une moindre proportion (58 %).

Disponibilité. À peu près la même proportion (64 %) des répondants jugent que le contenu canadien et québécois est suffisant, avec des nuances : moins de francophones (62 %) que de non-francophones (72 %) sont de cet avis et moins de personnes scolarisées à l’université (58 %) qu’au secondaire (70 %).

Rôle. À peine 58 % des personnes interviewées sont de l’opinion que « les gouvernements doivent intervenir pour assurer la production, la promotion et la visibilité des produits canadiens et québécois sur les plateformes numériques comme ils le font déjà pour les médias traditionnels ». Là encore la région de Québec se démarque avec la même majorité (58 %) qui croit au contraire que « les gouvernements ne doivent pas intervenir » en ces matières». « Le lien est assez facile à établir avec les options politiques que l’on retrouve plus dans cette région où on vote pour moins d’intervention de l’État. »

M. Giroux, du CEM, propose un lien avec certaines options politiques de cette région. « Les gens Québec votent pour des politiques plus conservatrices, pour des partis qui souhaitent moins d’intervention de l’État », dit-il. C’est peut-être là que se fait le lien.