L'AMAQ contourne les règles de la Guilde des musiciens

L'Association des musiciens autonomes du Québec (AMAQ) jubile. Elle s'est entendue avec le bistrot Va-et-Vient, le bar-spectacle L'Escogriffe et le Festival de musique émergente en Abitibi afin que ceux-ci reconduisent le même contrat de travail. Selon ce contrat, les lieux de spectacles concernés sont considérés comme des diffuseurs et les musiciens comme des autoproducteurs.

Ce faisant, ces joueurs ne tombent plus sous les règles du syndicat, la Guilde des musiciens, et n'ont donc pas à se plier à des tarifs qui les égorgeraient financièrement. L'AMAQ s'appuie notamment sur le jugement rendu récemment sur le Café Sarajevo, qui invoque «le droit à l'autodétermination des artistes». L'AMAQ espère rallier à sa cause une douzaine de diffuseurs de la province d'ici l'été.

«On a toujours eu l'impression de ne pas être visés par la loi [sur le statut de l'artiste de la scène et du disque], donc il ne s'agit pas de contourner la Guilde, déclare Simon Jodoin, président de l'AMAQ. C'est une zone grise de la loi. Notre travail ne concerne pas leur mandat.»

Il existe en effet un flou dans la loi actuelle qui ne distingue pas clairement le rôle de producteur de celui de diffuseur. L'AMAQ cherche à protéger cette fameuse «zone grise» à cause du caractère particulier du statut «autonome» de ses membres. «On n'offre pas nos services à un producteur», précise M. Jodoin.

«Il y a une loi sur le statut de l'artiste. Si elle ne protège pas tous les artistes, elle ne sert à rien», rétorque Sébastien Croteau, musicien qui siège aussi au conseil d'administration de la Guilde, dont il tente actuellement d'assouplir les règles. «Le fait qu'on soit autoproducteur mais qu'on ne soit pas soumis à la loi, je trouve ça épouvantable. Ça accentue le cloisonnement de l'underground envers le milieu officiel.»

M. Jodoin, quant à lui, ne croit plus à la possibilité de réformer la Guilde, un syndicat né d'un modèle américain, l'American Federation of Musicians, qui ne colle pas à la réalité du petit milieu québécois, selon lui.