Séguin est «prêt à aller plus loin» pour les artistes

Le ministre des Finances s'est montré réceptif au cri du coeur lancé par le Mouvement pour les arts et les lettres (MAL), qui a finalement obtenu une audience hier, dans le cadre des consultations prébudgétaires.

«J'ai bien compris les préoccupations, vous n'avez pas à me convaincre», a répété Yves Séguin aux représentants du MAL, qui réclamaient notamment des hausses pour les budgets du ministère de la Culture (+35 millions), du Conseil des arts et des lettres (+20 millions) et de la SODEC (+10 millions).

M. Séguin s'est d'abord dit «prêt à aller plus loin» en ce qui a trait au revenu des artistes. «Ce qui est hautement considéré, c'est l'étalement du revenu, pour permettre d'avoir une fiscalité nivelée. La probabilité que ce soit conclu avec le prochain budget est extrêmement élevée», a-t-il affirmé, faisant référence à l'irrégularité des revenus des artistes d'une année à l'autre.

«C'est bien, mais encore faut-il que les artistes aient un revenu suffisant», rétorque le coordonnateur du MAL, Richard Messier, qui rappelle que de telles mesures fiscales valent surtout pour les gros revenus. Or une étude dévoilée hier (voir l'article en page C 8) révèle que près de la moitié des artistes gagnent moins de 20 000 $ annuellement. Aussi, bien qu'encourageante, cette annonce ne fait que confirmer les démarches déjà engagées avec la ministre de la Culture, dans le cadre de la révision de la Loi sur le statut de l'artiste.

Le MAL a articulé son discours au ministre autour d'une problématique précise. Il craint que l'augmentation des dépenses immobilières ne grève le budget du ministère de la Culture d'environ 30 millions, ce qui entraînerait un recul de quelque dix ans de la cause culturelle, selon l'organisme. Le MAL plaide donc pour une hausse de l'enveloppe du ministère afin de pallier ce manque à gagner.

À ce titre, le ministre des Finances s'est voulu rassurant. «Si on veut aboutir au statut de l'artiste, ce n'est certainement pas pour arriver avec un budget qui ne serait pas conséquent, précise-t-il. Il ne s'agit pas de faire un vase communicant à l'envers et de réduire les budgets parce qu'on vous donne ça [l'étalement du revenu]. C'est complètement dissocié. Il y a des discussions qui se poursuivent avec ma collègue, vis-à-vis de la SODEC et du CALQ, pour voir si on peut donner certaines bonifications. Tout ça est sur la table actuellement.»

Si le MAL est «satisfait» de la réaction du ministre, il poursuivra malgré tout sa campagne qui vise à alerter le milieu artistique de la situation financière critique de la culture. Il passera donc sous peu en mode alerte rouge pour mobiliser les artistes. «Même si on a perçu un intérêt, il faut que cet intérêt se transforme en geste concret», souligne M. Messier.