20 000 $ aux danseurs, 90 000 $ aux humoristes - Québec dévoile un portrait socioéconomique des artistes

Il y a artiste et artiste. Les danseurs québécois se débrouillent avec un peu plus de 20 200 $ par année. Les humoristes, eux, déclarent des revenus moyens de 91 791 $.

On répète, pour bien faire comprendre le sérieux de l'affaire: selon des données datant de 2001, les Patrick Huard, Louis-José Houde et autres faiseurs de jokes professionnels du Québec empochent plus de 90 000 $ en moyenne!

L'ensemble n'est pas à plaindre non plus. Le revenu moyen de tous les artistes contribuables québécois dépasse les 37 700 $, soit un bon tiers de plus que le revenu des autres contribuables du Québec, qui stagne à 28 708 $ par année. Trois catégories d'artistes seulement, sur une douzaine, ont un revenu moyen inférieur à celui du reste des contribuables: celles des métiers d'art (18 751 $), des arts visuels (27 741 $) et des danseurs.

Et tintin pour le cliché de l'artiste pauvre? En fait, 44 % des artistes font moins de 20 000 $ et se partagent 11,5 % de la masse totale des revenus, tandis que 22 % d'entre eux déclarent des revenus de plus de 50 000 $ et se partagent 60 % de la masse totale des revenus. Bref, certains artistes vivent de leur art vraiment beaucoup mieux que d'autres.

Ces données figurent dans l'étude Pour mieux vivre de l'art, rendue publique hier matin, à Montréal, par la ministre de la Culture elle-même. Le portrait socio-économique des artistes va servir à orienter les interventions gouvernementales au cours des prochaines années. Dans son programme électoral, le Parti libéral a promis de faire augmenter les revenus des créateurs et de mettre en place un filet de sécurité sociale pour les artistes.

Un «comité d'orientation», formé de représentants des milieux culturel, politique et administratif, a été formé l'automne dernier. Le groupe, présidé par la députée Dominique Vie, adjointe parlementaire de la ministre Line Beauchamp, doit accoucher dans les prochains mois d'un cahier de propositions qui fera l'objet de consultations en commission parlementaire. Québec veut aussi revoir la loi sur le statut de l'artiste, adoptée il y a deux décennies.

«L'UdA peut agir, par exemple en réclamant de meilleurs cachets pour ses membres», a commenté Pierre Curzi, président de l'Union des artistes (UdA), le plus vieux et le plus grand syndicat de créateurs au Québec. «Mais notre marché est petit et l'État doit s'impliquer dans ce marché, notamment pour corriger les iniquités en matière de protection sociale.»

Les données sur cet aspect noircissent le portrait. Un artiste sur deux seulement réussit à cotiser à un régime enregistré d'épargne-retraite, pour une moyenne de 4112 $ par année. Leurs revenus fluctuent aussi énormément d'une année à l'autre, avec des chutes ou des hausses pouvant dépasser les 50 %, d'où l'importance de mesures permettant l'étalement du revenu.

L'enquête met aussi en lumière l'énorme disparité des revenus d'un groupe à un autre. Les écrivains, comme les réalisateurs et les metteurs en scène, passent la barre des 51 000 $. Les comédiens frôlent la moyenne du groupe, avec 37 874 $. Les musiciens et les chanteurs lyriques (31 257 $), comme les compositeurs et auteurs-compositeurs (34 851 $), se situent légèrement en dessous. Par contraste, plus de 250 artistes québécois ont empoché plus de 150 000 $ chacun en 2001.

Deux artistes sur trois (62 %) déclarent des revenus de travail autonome, comparativement à moins de 9 % pour l'ensemble des contribuables québécois. Les artistes travailleurs autonomes gagnent d'ailleurs en moyenne 6000 $ de moins que les autres travailleurs dans cette situation, soit 36 540 $ au lieu de 42 651 $.

En 2001, le Québec comptait près de 108 000 travailleurs, y compris les artistes, dans les domaines de la culture et des communications. L'enquête se concentre sur les revenus des quelque 14 000 membres de 13 associations professionnelles d'artistes.
2 commentaires
  • Thérèse Domingue - Inscrite 25 février 2004 08 h 24

    Utilisons des comparables

    Il est important de tenir compte de la réalité du milieu artistique avant de livrer des commentaires pour tenter d'appuyer des chiffres.

    Lorsque nous lisons que l'ensemble n'est pas à plaindre avec un revenu moyen de 37 700$ et que la comparaison se fait avec les contribuables qui eux stagent à 28 708$ il faut nuancer.

    Le revenu du contribuable est calculé sur une base hebdomadaire de 35 - 40 heures/semaine. La vraie quetion est: combien d'heures l'artiste doit consacrer à sa pratique pour obtenir le revenu moyen. Sans poser la question nous savons très bien que même si nous obtenons un montant supérieur au contribuable, nous ne pouvons comparer.

    Il ne s'agit pas de produire un portrait négatif du domaine des arts mais nous devons donner une lecture juste.

  • gbernier10@hotmail.com - Inscrit 25 février 2004 09 h 57

    Pour mieux vivre du travail au noir

    Se peut-il que nos artistes vendent leurs produits et leurs talents au noir? En tout cas, l'étude n'en fait pas mention. Dommage!

    Au lieu d'investir toujours plus d'argent dans les arts et la culture, le gouvernement ou les associations professionnelles d'artistes pourrait instaurer un partage des revenus entre les artistes riches et les pauvres.

    Ceci responsabiliserait les artistes entres eux à dénoncer ceux qui travaillent au noir.