Bienvenue au festin de l’invisible

Originaire de Calgary, proche des traditions de son peuple, Moe Clark n’a pourtant pas été élevée avec la langue crie.
Photo: Red Works Photography Originaire de Calgary, proche des traditions de son peuple, Moe Clark n’a pourtant pas été élevée avec la langue crie.

Elle invoque l’ours, le hibou, le coyote. Ils prennent possession de son corps, de sa voix, et chantent au son de la harpe, du tambour ou du violon.

Dans le cadre du festival Phénomena, qui prend son envol mercredi à Montréal, l’artiste d’origine métisse Moe Clark présente son spectacle Feast of the Invisible.

De toute cette faune, c’est l’ours qui ouvre le bal. Avec sa belle voix chaude qui nous tient captif, Moe Clark présente une adaptation d’un conte cri, selon lequel l’ours se sacrifie en hibernant tout l’hiver, pour laisser à manger aux autres êtres vivants.

« Dans la mythologie crie, l’ours est considéré comme un guide, comme un leader, qui montre le chemin », dit l’artiste d’origine métisse.

Durant tout le spectacle, Moe Clark est entre autres accompagnée de la chanteuse de gorge inuite Nina Segalowitz. « Elle a une forme de chant très intuitive. Et elle est capable de se servir de la boîte d’outil du chant de gorge pour l’adapter à différentes formes de musique, à différentes improvisations », poursuit-elle.

En cri s’il vous plaît

Bien que très proche du territoire de ses ancêtres, Moe Clark, originaire de Calgary, n’a pas grandi dans la langue crie. Avec Joseph Naytowhow et Cheryl L’Hirondelle, elle forme le Cree Songwriting Project, par lequel elle apprivoise la langue crie.

« Nous utilisons l’écriture de chansons pour apprendre la langue crie. Nous avons décidé que c’était une bonne façon d’apprendre, sur le territoire plutôt que dans une salle de classe », dit-elle.

Certaines des chansons de Feast of the Invisible sont en cri, d’autres sont en anglais. « Les textes sont un mélange de spoken word et de chansons, parfois mêlés à des éléments de jazz. »

Moe Clark joue aussi du tambour, cet instrument qui incarne « les battements de coeur de la terre » dans la tradition autochtone. Elle est aussi accompagnée d’Éveline Grégoire-Rousseau, à la harpe classique, de Marino, aux percussions, de Joel Kerr, à la basse, et de Ari Swan, au violon.

C’est après avoir vu le spectacle Trancestral, de Moe Clark, que la directrice artistique D. Kimm l’a conviée à créer un spectacle pour le festival Phénomena. « Trancestral était un mélange de musiques sacrées de différentes parties du monde, inspirées entre autres des pow wow indigènes, et de musique soufie », explique Moe Clark. L’idée de créer un spectacle pour cette édition du festival, qui se déploie sous le thème des Corps extravagants, l’a tout de suite emballée.

Feast of the Invisible célèbre donc les esprits, les ancêtres et les animaux, qui sont « en perpétuelle connexion », dit Moe Clark. « Ils sont avec nous. Ils sont avec moi. »

« On utilise des formes traditionnelles de musique, mais qui sont recontextualisées. » Moe Clark cite en exemple des expériences qu’elle a faites dans le passé, lorsqu’elle enregistrait d’abord un chant traditionnel, avant de doubler avec du spoken word contemporain.

Le spectacle se base aussi sur la prophétie autochtone des sept feux.

« Nous sommes présentement au septième feu, traversant une période de famine, de problèmes. Nous convoquons le festin de l’invisible pour qu’il nous vienne en aide », dit-elle.

Originaire de Calgary, Moe Clark a déménagé à Montréal il y a huit ans, attirée par le côté cosmopolite de la ville. « Montréal fait penser à un cabaret, dit-elle. En tant qu’autochtones urbains, nous sommes exposés à différentes cultures. »

Feast of the Invisible

Le 20 octobre à la Sala Rossa, 20h, dans le cadre de Phénomena