Le rapport de la Vérificatrice générale continue de faire des vagues - Patrimoine: alerte rouge

«Si les arts sont en alerte orange au Québec, le patrimoine canadien, lui, est carrément dans le rouge.»

La boutade vient de Dinu Bumbaru, directeur des programmes du groupe Héritage Montréal et secrétaire général de l'Icomos, le conseil international des monuments et sites. Elle fait référence à l'alerte orange déclenchée le 10 février par le Mouvement pour les arts et les lettres devant «la situation budgétaire critique» et au Rapport de la Vérificatrice générale s'inquiétant de la conservation du patrimoine au pays.

«C'est un document très impressionnant. Le patrimoine est peu habitué à des analyses de cette source», poursuit M. Bumbaru. Pour lui, en même temps que les énormes besoins financiers du secteur patrimonial — on parle d'une centaine de millions supplémentaires par année, uniquement pour entretenir les bâtiments et sites classés —, le rapport met en lumière la «très grande nécessité» de doter le Canada d'une Politique du patrimoine.

«La Vérificatrice générale fait beaucoup de référence à un "cadre stratégique", en d'autres mots, à une "politique du patrimoine", commente le directeur Bumbaru. Les trois ordres de gouvernement promettent une telle politique depuis des lunes. Finalement, un seul va probablement la livrer, la Ville de Montréal, qui a les pouvoirs les plus limités dans ce champ d'action.» Un comité peaufine le document depuis des mois. Il pourrait être adopté dans le courant de l'année.

Ottawa reformule ses promesses périodiquement. Dinu Bumbaru se rappelle avoir participé à des consultations fédérales autour d'une éventuelle politique au début de la décennie. Une rencontre précédente réunissait quelques dizaines d'acteurs majeurs du secteur à Edmonton, en 1990. «Nous avons alors constaté que l'intervention patrimoniale du fédéral passait par 140 ou 150 programmes différents. Ce n'est pas rien pour un gouvernement qui n'a pas vraiment de mandat constitutionnel dans ce champ de compétence. À l'époque, on avait conclu à la nécessité de constituer un ministère chargé de ces questions. Le ministère du Patrimoine canadien est bel et bien là, seulement, depuis 1990, aucun outil général de concertation n'a été adopté pour baliser les interventions. Ce serait pourtant bien que le ministère du Patrimoine s'occupe de patrimoine...»

Pire, note M. Bumbaru, en 1976, le Canada a signé la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel dont l'article 5 stipule que chaque pays se doit «d'adopter une politique générale visant à assigner une fonction au patrimoine culturel et naturel dans la vie collective, et à intégrer la protection de ce patrimoine dans les programmes de planification générale».

Il souligne finalement que la diversité culturelle, le grand cheval de bataille du Canada sur la scène internationale depuis quelques années, ne tient pas compte de la question patrimoniale. «Les gens ne préservent pas du patrimoine pour le seul plaisir d'empiler des pierres. Ils le font parce que cette préservation témoigne de la diversité historique et culturelle du monde. Il ne s'agit pas de faire du patrimoine la source de la future Convention sur la diversité culturelle, mais au moins d'établir des passerelles entre ces deux secteurs.»