Culture Montréal: une popularité croissante mais discrète

Deux ans après sa fondation, Culture Montréal (CM) a le vent dans les voiles. En témoigne le nombre de ses membres qui a grimpé de 30 % en 2003. Pourtant, les grands projets culturels qu'appuie l'organisme (Quartier des spectacles, nouveau complexe de l'OSM, etc.) battent de l'aile.

Il est vrai que le contexte de restrictions budgétaires ne se prête pas aux grands gestes d'éclat, encore moins aux investissements. C'est justement pour remédier à la morosité ambiante que CM a commandé une étude à l'équipe de recherche américaine Catalyx de Richard Florida, père de l'«indice bohémien», qui mesure la concentration des arts et de la culture dans une ville et son impact sur le développement urbain.

«On a demandé de faire une étude de cas spécifique à Montréal en faisant valoir que Montréal était un cas unique en Amérique du Nord à cause de la présence des deux langues, du taux élevé d'exportation de produits culturels et de la présence concurrente des produits culturels européens, américains et canadiens», explique Simon Brault, président de CM.

En commandant un inventaire des actifs culturels et technologiques de la métropole à des chercheurs-vedettes, le CM entend réveiller investisseurs et pouvoirs publics. «L'objectif de tout ça est de montrer que l'investissement en culture est loin d'être un geste de charité publique, mais bien une stratégie incontournable de développement économique et social», explique M. Brault.

Celui-ci espère également que les millions de dollars investis par le fédéral à Toronto, conformément à sa nouvelle politique culturelle, feront aussi leur chemin jusqu'à Montréal. CM veut ainsi créer un contexte favorable pour relancer les grands projets d'infrastructures culturelles dans la métropole et pour accueillir la future politique culturelle de la ville.

Cette politique, qui verra le jour à l'automne prochain selon M. Brault, est au coeur de l'action de CM. L'organisme a donc consacré les derniers mois à agir dans l'ombre pour réunir les trois conditions nécessaires à un véritable enracinement de la politique culturelle dans la ville: faire en sorte qu'il y ait une volonté d'investissement, de la part des différentes instances, dans les infrastructures et les programmes — d'où l'étude de cas commandée à Catalyx; transformer le débat surtout administratif sur les défusions en véritable projet de ville — ce à quoi Coalition Montréal s'est employée; et attirer l'attention à l'extérieur du milieu culturel.

Pour remplir cette dernière condition, M. Brault va notamment rencontrer la Chambre de commerce de Montréal en mars. «Il faut changer le rapport entre la culture et le milieu des affaires», croit-il. D'ici là, la 2e assemblée générale de Culture Montréal se tient demain. Cinq propositions, qui cristallisent les principaux enjeux de la politique culturelle, seront soumises aux membres. «La Ville doit s'engager en accordant, dans tous ses projets, une plus grande importance à la culture.»

Après avoir passé une première année à expliquer ce qu'est Culture Montréal, l'organisme a été très sollicité en 2003, selon son directeur. CM serait-elle victime de sa popularité, multipliant et diluant ses actions? «C'est un danger», reconnaît M. Brault qui s'empresse toutefois d'indiquer que l'organisme a respecté ses trois grandes priorités — déploiement de la nouvelle ville, politique culturelle et financement de la culture.

L'organisme indépendant et sans but lucratif Culture Montréal regroupe 500 membres issus de tous les milieux désireux de promouvoir la culture comme élément essentiel du développement de Montréal.