Poésie sous influence

Le Français David Babin, alias Babx
Photo: Alain Jocard Agence France-Presse Le Français David Babin, alias Babx

Comme Prévert, il « ne sait pas ce que c’est » que la poésie, mais il la dit, la scande, la murmure sur des musiques douces ou destroy, qu’il a improvisées sur des mots de Baudelaire, de Tom Waits ou de Gaston Miron. Le jeune Français David Babin, alias Babx, présente en spectacle au Festival international de la littérature (FIL) les pièces de son dernier disque, Cristal automatique. Babx lui-même se dit incapable de définir « ce genre étrange [qu’est la poésie], qui est en fait une manière de vivre et de voir les choses ».

Cristal automatique s’ouvre d’ailleurs sur ces mots de Prévert : « moi, la poésie, je ne sais pas ce que c’est ». Et Antonin Artaud, à sa suite, crie : « Magie noire ! ». « En disant ces mots, Artaud s’inscrit en faux contre la gentillesse, la propreté de la production », dit Babx.

C’est donc vers cet inconnu trouble et inquiétant, cet indéfinissable voyage de pas perdus à l’intérieur des êtres, du monde, qu’il nous mène, assis à son piano, accompagné de Julien Lefèvre, au violoncelle et à la guitare électrique et de Frédéric Jean, à la batterie.

Les mots, il les emprunte à Baudelaire, Rimbaud, Jean Genet, Gaston Miron, Jack Kerouac, Aimé Césaire, Tom Waits, Antonin Artaud.

Des mots crus, brûlants, parfois violents, qui sentent le sexe et l’amour, mais aussi des mots incantatoires, doux comme la nuit, comme le jour qui vient. Ces textes, ce sont des gens qui les lui ont « donnés », en les lui faisant connaître, tout au long de sa jeune vie, comme « une potion magique, un antidote ». « C’est une sorte de flambeau que j’essaie de passer ». La marche à l’amour, de Gaston Miron, par exemple, a littéralement « changé sa vie », dit-il.

Fuir la rigidité

Pourtant, Babx ne voulait pas « faire un disque de poésie », et ne souhaite absolument pas placer les écrivains qu’il lit dans un rôle « panthéonique ». Ces auteurs n’ont souvent vu leurs oeuvres reconnues qu’après leur mort, dit-il. « On en a fait des oeuvres académiques alors que c’est tout le contraire, ce sont des gens extrêmement vivants, pas du tout consensuels, extrêmement libres. »« J’avais surtout envie de les sortir de la sorte de confort dans lequel on les avait mis. » Sur le livret de son disque, on trouve d’ailleurs une galerie de portraits de ces « mauvais garçons » comme il les appelle, déguisés, griffonnés, coiffés d’iconoclaste manière.

Babx a choisi ces textes parce qu’ils l’inspiraient, tout simplement. Le titre du spectacle, Cristal automatique, est aussi celui d’un poème d’Aimé Césaire : « allo allo pas la peine de chercher c’est moi l’homme des cavernes… ».

Le cristal, pour Babx, qui est aussi amateur de musique soufie, c’est cette matière à la fois très forte et très fragile dont pourraient être faits les textes. Et automatique évoque aussi la manière dont il compose la musique sur les textes. « Pour écrire la musique, la règle du jeu c’était : je lis le texte. Si, dans les cinq minutes, je n’ai pas été capable de composer la musique, je passe à un autre texte. Il fallait qu’il y ait un réflexe musical presque amoureux. » Babx compose d’abord seul au piano. « Après, on est trois, alors chacun y met un peu de ce qu’il est. »

À trente ans, Babx a trois autres albums derrière lui, Drones personnels, Cristal Ballroom et Babx, où il chante ses propres textes. Le fait de chanter, cette fois, d’autres poètes est une façon pour lui « d’oublier toute autre forme de superficialité ». « Pour moi, la musique n’est pas une histoire de personnification, mais de transmission. » Faire ce disque lui a permis d’« oublier cet impératif de la personnalisation » à outrance du chanteur.

Il n’en oublie pas pour autant ses propres mots, sa propre voix, et est en train de terminer deux albums avec des textes qu’il signe.

Babx sera au Lion d’Or le mardi 27 septembre. Aussi à Québec en toutes lettres le samedi 1er octobre à 20 h, à la salle Multi de la Coopérative Méduse.