La rage de faire, ensemble

Olivia Sofia, Guillaume Rémus, Léo Loisel et Xavier Mary ont créé le collectif Castel Blast.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Olivia Sofia, Guillaume Rémus, Léo Loisel et Xavier Mary ont créé le collectif Castel Blast.

Ils sont quatre, frais émoulus de leurs écoles d’art où ils ont étudié la danse, le théâtre ou la musique. Ils ont soif de faire, faim de s’inscrire dans la lignée des artistes qui les inspirent et les font vibrer — Sasha Waltz, Romeo Castellucci, Markus Öhrn, pour ne nommer que ceux-là. Réunis dans le collectif Castel Blast, Olivia Sofia, Léo Loisel, Xavier Mary et Guillaume Rémus, avec l’énergie de la jeunesse quand elle s’implique à fond la caisse, signent une première oeuvre : Ma(g)ma. Ils y parlent de la fin de l’enfance et de ses enchantements, en mettant en scène pas moins de 40 interprètes — professionnels ou amateurs — et deux enfants.

Ambitieux ? « Oui ! s’exclame Olivia Sofia, issue de l’École de danse contemporaine, cuvée 2015, à cause de la corrélation entre le nombre de personnes impliquées et notre manque d’expérience ; et ce défi de rassembler 50 personnes autour d’une seule vision. C’est pour toucher à du grandiose. J’ai tellement envie de voir beaucoup de monde sur scène. Et je pense aussi qu’on a envie de communauté. » Léo Loisel et elle se sont rencontrés dans un projet réunissant les écoles supérieures d’art. « En sortant de l’école, analyse Loisel qui a terminé l’École nationale de théâtre l’an dernier, on voit souvent une gang d’acteurs [d’une même cohorte] former un collectif, remplir tous les rôles. J’avais plutôt envie de réunir les meilleurs de chaque domaine, de nous libérer du côté un peu consanguin. »

Ils mixent donc la danse, le jeu, la mise en scène/chorégraphie et le son, ensemble, dans le refus des hiérarchies traditionnelles qui posent un metteur en scène en chef de clan. Et ils y trouvent une richesse. « Ma façon de voir l’espace par la danse, est très différente de celle de Xavier [Mary] qui la voit par la scénographie. C’est très riche », explique madame Sofia. « C’est trippant, rétorque à son tour le scénographe, de ne pas tout être seul à assumer, que les idées soient communes et la discussion permanente ; et en même temps ça peut être très frustrant de voir quelqu’un d’autre partir avec son idée, avec “son jouet”. C’est génial parce que ça force l’humilité, et qu’une idée de scénographie revient par la danse ou l’écriture. »

Modes et manières

Et la forme retenue ? « On est sur les ambiances, expliquent les collaborateurs. On a écrit un voyage initiatique où le son prend une place vraiment importante — un spectacle qu’on pourrait pratiquement écouter les yeux fermés. On travaille en ambisonie, un système qui permet au son d’entourer le spectateur, qui l’immerge vraiment. Il y a de longs tableaux contemplatifs, on va beaucoup dans la sensation et l’état de corps. L’approche s’apparente davantage à la danse, avec une dramaturgie théâtrale, pratiquement sans mots. »

On y parle d’enfance, poursuivent les cocréateurs, du déclic qui s’y fait quand un gamin réalise qu’il a un pouvoir de destruction sur l’autre, sur les objets ou sur lui-même. De la fin de l’innocence, de cette coupure où arrive la conscience du monde extérieur.

« S’il y a quelque chose de propre à notre jeunesse, c’est une nécessité à vouloir faire, à faire quelque chose, nomme M. Mary. C’est ce qu’on veut faire, qu’on doit faire. Et vu l’implication des interprètes [tous bénévoles, comme toute l’équipe de création, qui n’a reçu aucune subvention], on peut dire qu’on est tous dans cette espèce de “rage de faire”. On parle de matière humaine, d’instincts, d’expressivité ; comment on peut penser à travers la sensation, et comment nous on peut donner des sensations plus que des histoires. Sentir, c’est une façon de réfléchir qu’on a perdue. Je le vois beaucoup dans le travail avec les danseurs, à cette manière dont ils sont connectés, dans leurs corps quand ils sortent de répétition. »

Ma(g)ma

Une production de Castel Blast Avec 40 interprètes À l’Espace libre, du 31 août au 10 septembre