Audiences publiques - Le CRTC n'a pas à juger du bon goût, plaide la station CHOI FM de Québec

Québec - Les audiences publiques du CRTC, réputées pour leur sobriété, ont été prises d'assaut hier par plus de 300 auditeurs de la controversée station de radio CHOI FM. Entre les applaudissements de ses supporteurs et les huées exprimées à l'endroit des commissaires, Genex Communications, propriétaire de la station de Québec, a plaidé qu'elle n'a rien à se reprocher et que le CRTC n'a pas le mandat de juger du bon ou du mauvais goût des propos exprimés sur les ondes radiophoniques.

Plus de 300 personnes ont en effet répondu à l'appel lancé hier matin par les animateurs-vedettes Jeff Fillion et André Arthur, qui leur ont demandé de se rendre aux audiences du CRTC tenues cette semaine à Québec au sujet du renouvellement du permis de la station CHOI FM. Les auditeurs présents ont acclamé les interventions de CHOI FM et conspué des commentaires émis par les commissaires, une situation «inhabituelle», voire «anormale», ont reconnu, consternés, des représentants du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). À quelques reprises, les audiences ont bien failli tourner au vinaigre.

«Genex s'est comportée en titulaire responsable. Genex est digne de confiance», a lancé aux commissaires le président de l'entreprise, Patrice Demers, qui souhaite un renouvellement de son permis pour une période maximal de sept ans.

L'avocat de Genex, Guy Bertrand, a échoué dans sa tentative de forcer le CRTC à reconnaître qu'il n'a pas compétence pour intervenir dans le cadre des plaintes portées contre son client par Cogeco (propriétaire d'une station concurrente) et l'ex-animateur de radio Robert Gillet, qui doit subir son procès dans le dossier de la prostitution juvénile.

Lorsqu'un commissaire a demandé à Me Bertrand d'écourter sa présentation, un «ta boîte» bien senti a été lancé par un auditeur qui, paradoxalement, était présent pour défendre la liberté d'expression.

Le producteur Guy Cloutier a également expédié un mémoire au CRTC, soulignant que le permis de la station, qui doit expirer le 30 août, ne doit pas être renouvelé. Tous se plaignent d'attaques personnelles et de propos grossiers et vulgaires qui ont été tenus en ondes.

L'avocat Guy Bertrand a également prétendu qu'une intervention du CRTC menacerait le droit constitutionnel de liberté d'expression et d'opinion, ce qui a suscité une bruyante approbation du public. «La Loi sur la radiodiffusion n'est pas une loi pour encadrer la liberté d'expression. Si mon client décidait de trancher cette question, on pourrait aller jusqu'en Cour suprême. Seul le gouvernement fédéral peut légiférer. Il ne faut pas laisser ça à des commissaires nommés pour cinq ans», a-t-il affirmé aux journalistes. En vertu de la loi, le CRTC doit assurer «une programmation de haute qualité», un concept qui n'est cependant pas défini clairement, a prétendu Me Bertrand. «C'est déraisonnable que vous décidiez de ce qui est politiquement correct et de ce qui ne l'est pas», a-t-il dit aux commissaires. Selon lui, les tribunaux civils et criminels proposent des recours suffisants pour éviter les excès. Le CRTC a rejeté les allégations de Guy Bertrand et indiqué que CHOI FM doit répondre des plaintes déposées contre elle.

Le permis de Genex avait été renouvelé pour une période de deux ans en 2002, à la condition que sa station CHOI FM se dote d'un code de déontologie. Ce code a été adopté et les animateurs le respectent, a souligné M. Demers. Il estime que les plaintes portent sur des propos cités hors contexte. En outre, Me René Dion, conseiller juridique de Genex, a justifié le recours aux sacres en ondes par le fait que «ça prend un niveau de langage qui rejoint les gens», ce qui a provoqué les applaudissements du public.

CHOI FM souhaite toutefois éliminer l'article 18 de son code, qui interdit l'utilisation de propos grossiers ou vulgaires, puisque ces notions, jugées trop vagues, varient d'une personne à l'autre. De plus, la station ne veut plus être obligée de diffuser un message informant les auditeurs de la possibilité d'adresser leurs plaintes au Conseil canadien des normes de la radiotélévision.