L’administration Coderre accusée de façadisme

Des maisons d’une grande valeur patrimoniale sur la rue de Bleury sont menacées de destruction.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Des maisons d’une grande valeur patrimoniale sur la rue de Bleury sont menacées de destruction.

Des tours résidentielles en lieu et place de maisons historiques : l’arrondissement de Ville-Marie donnait son accord lundi pour qu’un (autre) projet immobilier en hauteur remplace un ensemble plus discret — et sans occupants.

Désigné comme la troisième phase d’un complexe incluant le Hilton Garden Inn et le C-Loft, le projet vise à remplacer les maisons situées entre les numéros 2100 et 2122 de la rue de Bleury. Celles-ci sont en mauvais état — l’une d’elles a même perdu son revêtement — et ont été abandonnées par les commerçants du rez-de-chaussée en 2015.

Le site est considéré comme ayant une « grande valeur patrimoniale sur les plans architectural et urbain, tant pour le choix de matériaux nobles que la composition soignée des façades », selon un document de la Ville de Montréal daté de juillet 2016.

Bien que les façades en pierre grise soient conservées, l’opposition officielle à l’Hôtel de Ville considère ce projet comme une preuve que le développement du Quartier des spectacles se fait au détriment de l’architecture historique.

« Le patrimoine urbain du centre-ville disparaît à vue d’oeil. Il est pourtant possible de développer intelligemment, sans sacrifier systématiquement les bâtiments existants. Va-t-on vraiment démolir trois bâtiments patrimoniaux pour un projet alors que de l’autre côté de la rue se trouve un stationnement à ciel ouvert ? » lit-on dans le communiqué de presse diffusé mardi par Projet Montréal.

Le projet validé lors d’un conseil extraordinaire de l’arrondissement s’élèvera sur une hauteur équivalant à 25 étages.

L’ensemble remplacé est situé dans « l’aire de protection des façades de la rue Jeanne-Mance », avis rendu en 1979 par la direction du patrimoine du ministère de la Culture et des Communications (MCC).

Pour aller de l’avant, le promoteur doit maintenant obtenir l’approbation du MCC. Il est trop tôt pour estimer quelle voie prendra Québec. Toutefois, selon la direction des communications du MCC, le permis peut être livré rapidement.

Contre le façadisme

Pour la conseillère Valérie Plante, seule élue de Projet Montréal du centre-ville, il s’agit d’un exemple de la voie du « façadisme » trop souvent empruntée à Montréal.

« Je suis particulièrement outrée, parce qu’en trois ans de mandat j’ai vu beaucoup de ces situations où l’on détruit les bâtiments en ne gardant que les façades », dit-elle, au téléphone.

Jadis, il y a eu la cathédrale Saint-Jacques, notoire pour être devenue un pavillon de l’UQAM. Le cas de figure récent concerne aussi un lieu de culte, l’église Saint-Sauveur, dont le clocher a été sauvé pour être intégré au CHUM.

Selon Valérie Plante, la seule conservation des façades de la rue de Bleury envoie un mauvais signal. « Je crains qu’on en arrive à une banalisation de l’architecture avec toutes ces tours que l’on construit », commente-t-elle.

Il n’a pas été possible de joindre Dinu Bumbaru, le porte-parole d’Héritage Montréal étant en vacances. Mais l’organisme a tenu à se manifester par écrit : « Un ensemble patrimonial d’une telle intégrité avec des façades de pierres grises, en général, mérite de continuer à participer à l’identité urbaine du coeur de Montréal. »

De son côté, l’administration Coderre n’a pas donné suite à nos appels.

À Projet Montréal, on estime important de mieux encadrer ce type de transformation. Car trop souvent, selon la conseillère de Ville-Marie, la détérioration d’un bâtiment patrimonial n’est pas assez prise au sérieux.

« Je n’accuse pas les propriétaires [de la rue de Bleury] de négligence. Mais la Ville doit avoir les moyens de contrôler l’état d’un bâtiment. Pour le moment, il y a beaucoup de latitude », déplore Valérie Plante.

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Précision
À la suite de la publication de l'article sur l'éventuelle démolition des maisons en pierre grise de la rue de Bleury, la Ville de Montréal a tenu à apporter quelques précisions mercredi matin. Comme la valeur patrimoniale des bâtiments a été compromise en 2012 lors de l'affaissement d'une des façades (celle des numéros civiques 2116 à 2122), le Comité consultatif en urbanisme a émis un avis favorable en vue de la transformation du site. Il a cependant demandé « que l'immeuble au sud [les numéros civiques 2100 à 2114] soit préservé et intégré au projet de remplacement ».

Aussi, comme il est désormais coutume dans ces cas de reconstruction, des garanties bancaires ont été exigées lors du conseil d'arrondissement spécial du 8 août en guise de protection. Il s'agit d'une étape très préliminaire du processus d'étude. Rappelons que l'arrondissement ne pourra pas délivrer de permis de démolition sans l'autorisation du ministère de la Culture et des Communications.

2 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 10 août 2016 03 h 06

    L'administration Coderre n'a aucune...

    Tel l'actuel gouvernement du Québec, l'administration Coderre n'a aucune vision patrimonianle historique, n'a aucune profondeur littéraire véritable et donc, ne peut réussir à nous donner pour avenir que la destruction de tout ce qui est québécois.
    Cela incluant bien entendu ses particularismes montréalais...

  • Simon Parent-Pothier - Abonné 10 août 2016 09 h 15

    Le maire d'un autre temps

    On se croirait revenus dans les décennies 70-80. Pendant que nombre de villes nord-américaines rêvent d'avoir un patrimoine bâti avec du cachet, le maire de Montréal rêve d'un centre-ville remplis de tours et d’hôtels 3 étoiles...

    Ça sent Elvis Gratton à plein nez