Festival de Québec - Ce soir, on improvise

C'est un truc de fou. Le public décide de l'artiste ou du groupe, d'un genre parfois à l'extrême opposé, puis d'un thème verbal à travers une liste des plus étourdissantes. Du coup, les Discjoncteurs s'exécutent sans la moindre hésitation. L'impro musicale, vous connaissez? Presque chaque soir jusqu'au 14 juillet, le Cabaret du Festival d'été de Québec accueillera une troupe belge d'improvisateurs particulièrement costauds. C'est la quatrième visite en sol québécois de cette bande bruxelloise capable de pirouettes combinatoires inimaginables. On vous aura prévenus.

Chanteur loufoque par excellence, Dgill Verhelle s'exerce depuis déjà 11 ans à l'art de l'improvisation mixte et comparée. À l'époque, le concept avait été mis sur pied avec des copains comme un défi de taille. «Quelques amis avaient en tête de convertir l'approche d'une improvisation théâtrale en musique. Peu à peu, la chose a pris une certaine ampleur, et le répertoire s'élargit toujours. On jongle maintenant avec près d'une trentaine de genres musicaux mais aussi avec des centaines de chansons. C'est le public qui devient donc l'auteur d'un spectacle qui ne sera jamais le même d'une soirée à l'autre. On cultive, pour ainsi dire, un art de l'éphémère.»

On explique un peu mieux la méthode. Chaque spectateur doit remplir une fiche dès son arrivée, où il coche le nom d'un artiste ou d'un groupe, d'un style très décalé de l'original, puis d'un thème (événement historique, titre de film ou événement d'actualité) à sa guise. Ça peut ainsi donner quelque chose comme du Dalida en reggae sur le thème de la démission d'un attaché politique. On tire ensuite au sort, sans filet aucun.

Le délire

Pour ces cinq Discjonteurs, un bon spectacle dépend beaucoup des suggestions farfelues. Il ne s'agit pas de piéger ces Belges mais plutôt de rendre sympathique un pareil délire. Comme le soutient Dgill, «c'est un matelas de références sur lequel on doit rebondir. Il faut savoir que les musiciens ont environ 25 ans d'expérience derrière eux. Pour que ça passe auprès des gens, il faut un certain professionnalisme. On cherche toujours à améliorer le processus, bien que l'étendue des combinaisons soit énorme. Le public a besoin de vrai "live", de quelque chose d'imprévisible qui les tient aux aguets». Avant de terminer la conversation téléphonique, ce chanteur de l'immédiat rappelle l'excellent souvenir qu'il garde de son dernier séjour au Québec, en novembre dernier, lors du Coup de coeur francophone. «L'accueil a été génial. De plus, on tente d'amener davantage de matériel québécois dans notre répertoire. On apprécie énormément quelqu'un comme Jean Leloup. Notre parodie de La Bolduc a très bien fonctionné.»

En cette deuxième journée qui donnera sur le week-end, les découvertes côtoient les valeurs sûres. Alors qu'Isildurs Bane reviendra avec les légendaires Caravan au parc de la Francophonie, le rock accrocheur d'Andy Stochansky ainsi que le très populaire chanteur de Moist, David Usher, seront sur les Plaines. Autres choix? Les virtuoses Didier Lockwood et Stochelo Rosenber en trio: un air de jazz à l'horizon. Toujours aujourd'hui, dans la cour du Séminaire, le volet classique prendra son envol avec l'OSQ sous la direction de Yoav Talmi avec Bartók, Brahms et Dvoràk au programme. Le blues tordu de Jeff Lang au Pub Saint-Alexandre fera ainsi concurrence au dub contagieux de Zenzile au Périscope. Une excellente façon d'amorcer la fin de semaine à Québec.