Mike Ward, cinglant dans les deux langues

Mike Ward, au centre, est l’un des propriétaires du Bordel Comédie Club où, dit-il, les soirées open mic attirent autant de filles que de gars. Sur la photo, il est entouré de ses associés, François Bellefeuille, Martin Petit et Laurent Paquin.
Photo: Annik MH de Carufel Mike Ward, au centre, est l’un des propriétaires du Bordel Comédie Club où, dit-il, les soirées open mic attirent autant de filles que de gars. Sur la photo, il est entouré de ses associés, François Bellefeuille, Martin Petit et Laurent Paquin.

Vous aimez vous faire brasser la cage ? Vous détestez les clichés ? Vous avez un faible pour les mots crus et les propos osés ? Qui sait, The Nasty Show est peut-être ce qu’il vous faut.

« Bill Burr, Jim Jefferies, Doug Stanhope : tous les grands de l’humour trash sont passés par le Nasty Show. C’est là que j’ai découvert Louis C.K. l’an dernier », explique Mike Ward, à qui les organisateurs du volet anglophone du Festival Juste pour rire ont demandé d’animer pour une deuxième année de suite ce spectacle pour public averti.

« Le monde pense que ça va être un show avec juste des jokes de cul, mais il n’y en a presque pas, promet l’humoriste. Cette année, ce sont tous des Américains ; il y aura sûrement des blagues sur les tensions raciales qu’il y a en ce moment aux États-Unis, sur la religion et sur le terrorisme. »

Dans la nouvelle génération, ceux qui ont bien du succès, ce sont les femmes. La "top" qui est sortie ces dernières années, c’est Amy Schumer.

 

Défileront dès ce mercredi soir sur la scène du Métropolis Bobby Slayton, l’invité d’honneur, Brad Williams, aussi présent pour son spectacle Daddy Issues (du 28 au 30 juillet), Ralphie May, que l’on pourra voir dans Funny as Hell (26 et 27 juillet), Thomas Dale et Paula Bel. Une femme seulement ? Tiens, tiens, on dirait bien que The Nasty Show donne raison à Francine Lareau (Merci Manda, La Poune, Dodo, Denise, Clémence et tant d’autres !) qui avance que l’humour est un boys’ club.

« C’est un boys’ club, mais moins que ce l’était, croit Mike Ward. Dans la nouvelle génération, ceux qui ont bien du succès, ce sont les femmes. La top qui est sortie ces dernières années, c’est Amy Schumer. Je suis un des propriétaires du Bordel Comédie Club ; aux soirées open mic, il y a autant de filles que de gars. À l’École de l’humour, il y a plus de filles que de gars qui auditionnent. Je ne sais pas pourquoi plus de filles que de gars abandonnent, il y a quelque chose de mâle là-dedans. »

Photo: Bryan Bedder Agence France-Presse L’Américaine Amy Schumer est la meilleure humoriste à avoir émergé ces dernières années, estime Mike Ward.

« Quand on commence à faire de l’humour, tout le monde est mauvais, poursuit-il. Quand un gars se pète la gueule, il met ça sur le dos du public ; une fille va être plus logique et se dire qu’elle n’a peut-être pas été bonne. Avec les gars de ma génération, on n’est pas misogyne, mais il y a 10 ans, deux gars n’auraient pas payé pour aller voir une fille humoriste, tandis que maintenant, ils payeraient pour aller voir Mariana Mazza, Katherine Levac, Korine Côté… Il n’y a plus de différences entre les gars et les filles, mais malheureusement, il y a moins de filles que de gars en humour. »


Aller se faire voir ailleurs

Parfaitement bilingue, Mike Ward évolue avec aisance tant du côté francophone que du côté anglophone. Très touché par le soutien des humoristes et du public lors du dernier Gala les Olivier, il confie que c’est surtout le fait d’aller à la rencontre d’autres publics et d’autres cultures qui lui permet d’aller toujours plus loin. N’en déplaise à ses détracteurs…

« Dans les dernières années, j’ai beaucoup voyagé avec mon humour ; j’ai joué dans une trentaine de pays. Avant, on me disait que telle chose ne se faisait pas au Québec ; quand j’allais dans d’autres pays, on me disait la même chose, puis je le faisais quand même et ça marchait. Par exemple, à Dubaï, on m’a dit qu’on ne parlait pas de religion ; j’ai parlé de religion et ça a marché. J’ai réalisé qu’il ne faut pas écouter le monde. Je joue pareil partout et ça marche tout le temps ! »

Habituellement, la droite est meilleure que la gauche pour la liberté d’expression. Je l’ai vraiment vu avec mon procès.

 

S’il prétend être partout pareil et, surtout, le même dans les deux langues, Mike Ward semble surtout choquer la bienveillance au Québec. Serions-nous plus frileux et plus handicapés par la rectitude politique qu’ailleurs ?

« Ce qui est drôle, c’est que oui, et ce qui est triste, c’est qu’on dirait que les États-Unis sont en train de devenir comme le Québec était. Après les menaces de mort que j’avais reçues à cause de ma joke sur Cédrika Provencher, l’humoriste britannique Jimmy Carr m’a dit que c’était impossible que ça arrive en Angleterre parce qu’on y comprenait l’humour. »

Mike Ward révèle alors que l’année suivante, Carr a reçu des menaces de mort après avoir fait un numéro devant des amputés de guerre dans un hôpital pour vétérans où il leur disait qu’ils allaient former la meilleure équipe paralympique aux prochains Jeux.

Une telle chose ne risque heureusement pas d’arriver dans les prochains jours : « Le public du Nasty Show est très ouvert ; il sait qu’on va l’emmener quelque part où il ne sera pas confortable, mais en fin de compte, il va rire fort et peut-être même apprendre quelque chose. »

Soigne ta droite… et ta gauche

Le mois prochain, Mike Ward ira présenter Freedom of Speech Isn’t Free au Fringe d’Édimbourg, où il revient sur l’affaire Jérémy Gabriel. Rappelons que la Commission des droits de la personne a intenté un procès contre l’humoriste pour ses propos tenus sur le jeune chanteur.

« Habituellement, la droite est meilleure que la gauche pour la liberté d’expression. Je l’ai vraiment vu avec mon procès. La gauche m’insultait pour avoir fait une blague sur un enfant ; la droite disait qu’on devrait avoir le droit de le faire. Je suis de gauche pour tout, sauf pour la liberté d’expression ; là, je suis devenu Stephen Harper ! »

Enviant Sugar Sammy de pouvoir s’exprimer dans quatre langues, Mike Ward affirme ne jamais vouloir choisir entre le français et l’anglais sur scène. Toutefois, si jamais on voulait lui clouer le bec pour toujours et à jamais, l’humoriste ne s’en fait pas trop.

« En anglais, il y a l’expression “ fuck you money ” pour les gens qui ont de l’argent, moi, je n’ai pas le “ fuck you money ” et je ne l’aurai jamais, mais j’ai comme la “ fuck you attitude ”. J’ai fait assez de shows dans ma vie, assez de marchés que si jamais ça arrête de marcher ici, je sais que je peux déménager en Europe ou à New York. Et ça, ça m’enlève de la pression ! »

The Nasty Show

Du 20 au 30 juillet au Métropolis de Montréal

2 commentaires
  • Serge Morin - Inscrit 20 juillet 2016 09 h 58

    Oui, c'est çà déménager ailleurs.
    Quelle bonne idée

    • Richard Lupien - Abonné 21 juillet 2016 14 h 59

      ...changer le mal et le mauvais goût de place ? Aller abêtir les autres, pas vraiment une bonne idée.