Balles, quilles, anneaux et ballet

Dans la nouvelle création du cirque Gandini Juggling, les fruits ont été remplacés par des balles, des quilles et des anneaux, et la danse moderne par le ballet classique.
Photo: Gandini Juggling Dans la nouvelle création du cirque Gandini Juggling, les fruits ont été remplacés par des balles, des quilles et des anneaux, et la danse moderne par le ballet classique.

Il y a trois ans, la compagnie anglaise Gandini Juggling a littéralement fait tomber dans les pommes le public du festival Montréal complètement cirque avec Smashed. Spectacle hommage à la grande Pina Baush combinant la jonglerie et la danse moderne, ce spectacle ludique s’intéressait aux rapports de séduction et de compétition entre des hommes et des femmes jonglant avec des pommes durant l’heure du thé.

Dans cette nouvelle création, les fruits ont été remplacés par des balles, des quilles et des anneaux, et la danse moderne par le ballet classique. « Dans l’imaginaire collectif, on associe la jonglerie aux arts de la rue, tandis que le ballet souffre de la conception élitiste, presque aristocratique, qu’on lui prête. Cela nous intéressait de penser que ces deux arts, qui croulent sous les préjugés, sont très vivants et peuvent évoluer dans des espaces très différents », explique Sean Gandini, cofondateur de la troupe et metteur en scène de 4 x 4 Ephemeral Architectures.

« Dès le premier jour, où nous étions en studio avec des ballerines, j’ai compris que, même si nous n’avions pas le même langage, nous avions la même conception du temps, de l’espace et de la musique. Le travail a été facile et joyeux — j’aurais continué à faire ça toute ma vie ! » poursuit-il.

Accompagnés par l’ensemble Camerata Alma Viva, sculptés par la lumière de Guy Hoare, les quatre danseurs et les quatre jongleurs évoluent au gré de la musique de Nimrod Borenstein, premier compositeur à signer une trame sonore originale pour la troupe en plus de 20 ans d’histoire, en formant des figures éphémères.

Photo: Gandini Juggling L’un des tableaux du spectacle de Gandini Juggling

« Pour ce spectacle-là, nous avions un souci formel, il y a donc une lumière qui est très architecturale. J’avais en tête des architectures et des structures dans l’espace, de même qu’une réflexion sur la notion du classique. Il a donc fallu imaginer une jonglerie classique. En ce moment, je travaille sur un spectacle de danse classique indienne et je me rends compte que la jonglerie va bien avec tout ; je suis surpris à quel point elle s’adapte bien. »

Des chiffres et des balles

Pionnier de la jonglerie scientifique quantique, ou siteswap, Sean Gandini illustre une fois de plus avec ce nouveau spectacle son amour, voire son obsession, pour les mathématiques.

« Avec le chorégraphe du Royal Ballet Ludovic Ondiviela et le concepteur des éclairages Guy Hoare, on est épris de mathématiques structurelles. On utilise beaucoup de systèmes mathématiques pour générer des structures. Dans 4 x 4, on voit beaucoup de séquences de 4 x 4 qui sont basées sur une séquence de 2 x 10 ; il y a aussi des couleurs qui sont répétées au cours du spectacle. »

Pour parfaire la symétrie, il y a autant d’hommes et de femmes du côté des danseurs que du côté des jongleurs. « Il est très difficile de trouver de bonnes jongleuses. Pour 25 bons jongleurs, il y a une bonne jongleuse ; c’est étrange, car dans le ballet, c’est exactement le contraire. Question de biologie ou de culture ? Je ne sais pas. Les jongleuses ont une qualité de travail spéciale parce que souvent elles viennent de la danse, comme Kati Ylä-Hokkala [cofondatrice de la troupe] et Kim Huynh, qui ont une qualité de mouvement assez particulière. »

Alors que le Gandini Juggling avait exploité le désir, le sexe et la mort dans Clowns Queens, 4 x 4 Ephemeral Architectures se veut un spectacle plus cérébral, qui ne fait pas nécessairement appel à la sensualité et aux émotions des spectateurs.

« Il n’y a pas de trame narrative dans 4 x 4, mais une réflexion philosophique sur la notion de ce qui est beau et du rapport de la beauté et des mathématiques.Quatre, c’est un chiffre très simple ; j’adorerais faire un spectacle avec huit jongleurs et huit danseurs. L’histoire de la danse étant plus riche que celle de la jonglerie, travailler avec des chorégraphes nous permet d’exploiter toutes sortes de possibilités. Nous apprenons beaucoup au contact des danseurs. Nous pourrions faire des spectacles de jonglerie pure, mais comme tout nous plaît, nous nous amusons à faire ces échanges. »

4 x 4 Ephemeral Architectures

Gandini Juggling (Royaume-Uni), théâtre Outremont, du 14 au 17 juillet