L’ADISQ prend le train de l’écoute en continu

De nouvelles statistiques le disaient encore mardi : de moins en moins de gens achètent des disques pour favoriser plutôt l’écoute en continu — le streaming. Une tendance de fond qui force l’industrie musicale à réaligner ses flûtes — y compris l’ADISQ.

L’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo a annoncé mardi qu’elle jouerait désormais sur la plateforme Apple Music le rôle de « curator » ( « agrégateur de contenu » en français). L’ADISQ proposera sur le populaire service des listes de lecture visant à faire la promotion de la musique québécoise et de ses artistes.

C’est la troisième organisation québécoise à signer une telle entente avec le géant Apple, après la compagnie de musique Bonsound (11 avril) et le magazine Nightlife (6 juin). La liste des agrégateurs de la plateforme inclut les magazines Rolling Stone et Pitchfork, notamment.

On ne peut pas se fermer les yeux sur le phénomène du "streaming" et faire comme si ça n’existait pas

 

Pour la directrice générale adjointe de l’ADISQ, Lyette Bouchard, il n’y a pas de message contradictoire entre ce nouveau rôle et le parti pris traditionnel de l’Association envers l’achat de disques — une formule plus payante pour les artistes. « On envoie toujours un message de consommation légale de la musique, mais par des listes de lecture », dit-elle.

Famélique

Certes, les tarifs versés aux artistes pour les écoutes en ligne sont « assez faméliques », reconnaît Mme Bouchard. Mais c’est là une porte d’entrée devenue incontournable, plaide-t-elle. « On continue d’encourager l’achat, bien sûr. Il y a toujours un bouton qui permet de le faire lorsqu’on écoute une chanson sur Apple Music [qui est liée au service d’achat iTunes]. Mais on ne peut pas se fermer les yeux sur le phénomène du streaming et faire comme si ça n’existait pas. »

Selon Mme Bouchard, le partenariat avec Apple Music permettra d’offrir une vitrine virtuelle importante à la musique québécoise. La chose est cruciale : les services comme Apple Music ou Spotify offrent une quantité quasi infinie de musique. Le défi pour les artistes moins connus — ou pour les secteurs plus nichés comme la chanson francophone — est d’arriver à se faire voir et entendre dans cet océan de choix.

Les listes proposées par l’ADISQ seront concoctées en interne — comme c’est le cas pour celles qui sont déjà offertes sur le site Palmarès ADISQ.

Tendance

La décision de l’ADISQ de s’associer à Apple Music se fait en reflet d’une tendance qui redéfinit tous les paramètres de consommation — et de monétarisation — de la musique. Mardi, des chiffres dévoilés par Nielsen Music (anciennement SoundScan) montraient une nouvelle baisse des ventes d’albums physiques ou numériques, au profit de l’écoute en continu.

Durant les six premiers mois de l’année aux États-Unis, les ventes globales d’albums ont ainsi reculé de 16,9 %. Les ventes de CD ont reculé de 11,6 %, alors que les ventes d’albums numériques (incluant les ventes de chansons à l’unité — pour 10 chansons vendues, Nielsen calcule un album) ont régressé de 18,4 %.

Par contre, le streaming poursuit son ascension fulgurante, en hausse de 59 % avec 208 milliards de chansons écoutées. Près de 55 % de ces écoutes étaient des fichiers audio, le reste étant vidéo. Les ventes de disques vinyles ont aussi maintenu leur progression (+11,5 %, avec 6,2 millions de ventes).

On ne peut pas se fermer les yeux sur le phénomène du "streaming" et faire comme si ça n’existait pas