Des oeuvres globe-trotteuses

Une œuvre voyage rarement seule. On charge un convoyeur d’accompagner le précieux objet et de faire rapport de sa condition avant et après son embarquement.
Photo: David Afriat Le Devoir Une œuvre voyage rarement seule. On charge un convoyeur d’accompagner le précieux objet et de faire rapport de sa condition avant et après son embarquement.

Par camion, bateau ou avion, elles font souvent le tour du monde, et même plusieurs fois. Les oeuvres d’art sont de grandes globe-trotteuses qui voyagent rarement en seconde classe.

Contrairement aux fichiers numériques qui sont transmis virtuellement, la plupart des oeuvres ne se déplacent pas aussi aisément. Il y a une dizaine d’années, le Musée d’art contemporain l’a appris à ses dépens. Des jours et des jours de camionnage de Montréal jusqu’au sud de l’Amérique latine ont eu raison d’une oeuvre en verre de sa collection. « Elle a été complètement détruite dans le transport. Ç’a été une perte totale », raconte Anne-Marie Zeppetelli, gestionnaire des collections et des ressources documentaires au Musée d’art contemporain de Montréal (MAC). « Probablement qu’elle n’avait pas été bien encaissée et emballée malgré les vérifications. Et les conditions des routes ne sont pas toujours bonnes sur un si long trajet. »

Avec mille précautions, c’est le mot d’ordre. Il y a deux ans, les 70 oeuvres de l’exposition Picasso ont traversé l’Espagne jusqu’en France. D’abord sous escorte routière de la Guardia civil, et ensuite elles ont franchi l’Hexagone pour se rendre jusqu’à Quimper, en Bretagne, en secret, dans des camions banalisés. Mais pour les oeuvres anciennes et très fragiles, l’avion demeure le moyen de transport de prédilection. En octobre 2012, les 75 chefs-d'oeuvre de l’exposition des peintres impressionnistes du Musée des beaux-arts de Montréal sont arrivés de Londres par quatre vols différents. Il existe un plafond de valeur, soit une valeur maximale des oeuvres, que chaque appareil peut contenir. Advenant un accident, elles ne sont alors pas toutes anéanties.

Jamais sans convoyeur

Une oeuvre voyage rarement seule. On charge un convoyeur — l’archiviste, le conservateur ou une autre personne autorisée — d’accompagner le précieux objet et de faire rapport de sa condition avant et après son embarquement. Selon les conditions du prêt, le convoyeur peut même faire monter dans l’avion la caisse pour laquelle on a payé un siège. Et parfois même en première classe !

Anne-Marie Zeppetelli a souvent fait du convoyage pour diverses oeuvres de la collection du MAC. Elle a été responsable de Red Room (Child), de Louise Bourgeoys, qui fait le tour de l’Europe avant de rentrer au bercail. « Il y a toujoursquelqu’un qui voyage avec cette oeuvre », explique l’archiviste, qui a accompagné l’oeuvre de Moscou à Bilbao et qui retournera dans cette même ville pour à nouveau superviser le transport des huit caisses et l’installation du contenu au Danemark.

Le convoyeur doit voir l’oeuvre, encaissée dans un conteneur, être placée dans la soute avant de monter lui-même à bord de l’avion. À l’arrivée, il doit être présent lorsque le conteneur s’ouvre sur le tarmac et être le premier à en inspecter le contenu. « On assiste à l’ouverture du conteneur et on fait rapport, explique Mme Zeppetelli. Si une partie de l’oeuvre a été abîmée pendant le transport, on va tout de suite le noter et entrer en contact avec l’institution qui l’a empruntée pour les réclamations d’assurance. »

L’exposition Flux de David Altmejd, qui a connu un immense succès au MAC l’été dernier, a représenté un réel défi de transport. Plusieurs convoyeurs en ont accompagné les diverses oeuvres d’un peu partout en Amérique du Nord et les caisses étaient réceptionnées selon un horaire très précis. Fragilité oblige, l’oeuvre The Flux and the Puddle, présente dans cette exposition, n’a pas non plus été un jeu d’enfant à installer. Il y avait 75 caisses ! — plutôt rare pour une seule oeuvre. Deux semaines de montage ont été nécessaires alors que la moyenne est de trois ou quatre jours. « C’est un immense travail d’équipe. Et plus il y a d’oeuvres et de caisses, plus la logistique est lourde et doit être planifiée à l’avance », soutient Mme Zeppetelli.