Vent de folie

Avec «Opéra pour sèche-cheveux», la magie du rire l’emporte et les spectateurs retrouvent leur cœur d’enfant.
Photo: Frederick Guerri Avec «Opéra pour sèche-cheveux», la magie du rire l’emporte et les spectateurs retrouvent leur cœur d’enfant.

Imaginez un instant un théâtre de marionnettes où les guignols auraient été remplacés par des sèche-cheveux, des aspirateurs à main et des souffleurs-broyeurs de feuilles, de plus en plus gros, de plus en plus menaçants. Imaginez aussi que les manipulateurs, d’ordinaire discrets, aient fait place à deux clowns, sans maquillage et sobrement vêtus. Imaginez alors qu’ils sont pris d’assaut par de légères balles blanches de polystyrène dont ils tenteraient vainement de se débarrasser.

Sur le coup, on ne sait pas trop où veulent nous amener Antoine Terrieux, l’arrogant mâle dominant, et Julien Mandier, son timide souffre-douleur et cobaye. Très vite, le charme opère grâce à la naïveté et à l’inventivité qui se dégagent du premier tableau de cette première création de la troupe française Blizzard Concept. La magie du rire l’emportant, les spectateurs retrouvent instantanément leur coeur d’enfant. Les plus vieux d’entre eux replongent avec bonheur à l’époque où les émissions pour enfants stimulaient l’imaginaire du jeune public plutôt que de crouler sous la mission éducative et la rectitude politique.

Les deux clowns, dont on ne voyait que la tête derrière leur petit théâtre de marionnettes, se montrent jusqu’à la taille afin de s’amuser — et nous amuser — avec des ballons gonflables, des avions de papier et des balles de toutes les tailles comme deux enfants sans la supervision des parents. Chacun leur tour, Terrieux et Mandier font leur petit numéro, le premier avec panache, le second devant conjuguer avec les embûches créées par le premier. Tandis qu’ils créent un loufoque ballet avec les balles flottant au-dessus des sèche-cheveux, lequel évoque la poésie visuelle du cinéma de Tati, les deux clowns font montre d’un humour décalé que ne renieraient pas les Belges.

Le tout se corse lorsque Julien Mandier apparaît vêtu d’un simple maillot, bardé de fils électriques et arborant neuf sèche-cheveux sur la tête, les bras et les jambes. L’homme sèche-cheveux doit alors se soumettre aux caprices d’Antoine Terrieux, qui se plaît à jouer les maîtres de piste tyranniques. S’ensuit un numéro débridé où tous deux font mine de se révolter contre les conditions du spectacle. Histoire de mettre le public d’ici dans sa petite poche, ils mentionnent la poutine nationale et la situation politique du Québec.

Puis Terrieux revient sur scène, portant fièrement un casque muni de trois sèche-cheveux au-dessus duquel il fait voler autant de balles, afin d’annoncer la pièce de résistance. Jusque-là puéril et sympathique, le spectacle se termine par un joli tableau où Mandier se tient en suspens au-dessus de sèche-cheveux disposés sur une table tandis que Terrieux lance différents objets dans sa direction. Magique.

 

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Opéra pour sèche-cheveux

Blizzard Concept (France). Au Théâtre Centaur jusqu’au 14 juillet.