La mariée était en noir

«The Elephant in the Room» navigue savamment du théâtre burlesque au film noir.
Photo: Frank W Ockenfels Cirque Le Roux «The Elephant in the Room» navigue savamment du théâtre burlesque au film noir.

Premier spectacle du Cirque Le Roux, une troupe française, The Elephant in the Room navigue savamment du théâtre burlesque au film noir, en passant par la danse classique et la comédie musicale.

Campé dans un élégant décor aux tons de gris, lequel suggère celui d’un thriller hitchcockien, le récit nous transporte en 1937 alors que Miss Betty (Lolita Costet, mi-Jean Harlow, mi-Lady Gaga), qui vient tout juste d’épouser John Barick (Yannick Thomas, tour de muscles avec une gueule à la Javier Bardem), souhaite déjà éliminer ce dernier. Viendront bousculer les plans de la belle Jeune Bouchon (Grégory Arsenal, qui rappelle Chaplin et Stan Laurel), valet maladroit, et M. Chance (Philip Rosenberg, la grâce et l’élégance incarnées), bavard dandy américain. Ce dernier jettera son dévolu à la fois sur Betty et Bouchon, sous le regard de braise de Barick.

Comme un film noir

D’entrée de jeu, le spectacle suggère le film noir hollywoodien avec son générique projeté sur le décor, tandis que les artistes entrent en scène, prenant la pose afin de dévoiler la nature de leur personnage. Le ton est donné, le Cirque Le Roux s’amuse avec grand sérieux. Alors que se multiplient les jeux de séduction entre les membres du quatuor, on passe graduellement du théâtre physique, où l’on se distribue généreusement des baffes et Bouchon accumule les gaffes, aux impressionnants jeux de main à main, où Thomas, principal porteur, démontre une puissance remarquable.

Quant aux trois voltigeurs, tous très solides, ils récoltent des « oh ! » et des « ah ! » alors qu’ils pivotent sur une seule main, créent des figures périlleuses sans jamais sortir de leur personnage. Ainsi, alors qu’Arsenal et Rosenberg basculent Costet puis la lancent dans les bras de Thomas, la menue acrobate affiche tour à tour des airs blasés de femme fatale et des moues aguichantes à la Clara Bow. Ce faisant, elle effectue avec aisance une suite de pirouettes horizontales alors qu’elle devient l’objet du désir des trois hommes, qui se la disputent.

Sensualité

Puis, les éclairages se font plus chaleureux, les tableaux ornant le mur du fond, parodies de toiles du Caravage, dévoilent les corps des artistes. Des lampes, semblables à des méduses, descendent du plafond. La musique devient plus langoureuse. Les corps se meuvent si près les uns des autres qu’ils ne forment plus qu’un. Alors que Costet et Thomas quittent la scène, Arsenal et Rosenberg se livrent à un émouvant et sensuel numéro d’équilibre, l’un des plus beaux moments d’Elephant in the Room.

Plus tard, Arsenal et Rosenberg offrent un amusant numéro de claquettes évoquant Fred Astaire et Gene Kelly, au cours duquel Thomas et Costet effectuent un pas de deux où la danse classique et l’acrobatie forment un tout harmonieux. Alors que l’intrigue autour de la belle empoisonneuse est sur le point de se conclure, les quatre membres du Cirque Le Roux clouent les spectateurs sur leur siège avec un audacieux numéro de mât chinois, où ils font montre de grâce, de force et d’inventivité. Une finale à couper le souffle.

The Elephant in the Room

Cirque Le Roux (France). Au Théâtre Outremont jusqu’au 13 juillet.