Entre l’arbre et l’écorce

Magazines Canada, la plus grande association professionnelle du secteur, revendique plus de 300 éditeurs qui gèrent encore autour de 1200 titres.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Magazines Canada, la plus grande association professionnelle du secteur, revendique plus de 300 éditeurs qui gèrent encore autour de 1200 titres.

L’allemand dit encore illustrierte, dérivé de notre ancien illustré. L’espagnol parle de revista, comme on dit parfois revue encore ici. Le russe ne fait pas de distinction : tout ce qui se publie périodiquement devient un journal, tout simplement. À la longue, le français a aussi adopté le magazine anglais, dérivé du magazin, mot arabe désignant l’entrepôt.

Il en faudrait tout un pour contenir tout ce qui se publie encore ici, maintenant. Magazines Canada, la plus grande association professionnelle du secteur, revendique plus de 300 éditeurs qui gèrent encore autour de 1200 titres totalisant des millions et des millions d’exemplaires chaque mois. Qui a dit que l’édition multicentenaire était en crise ?

En fait, elle l’est, et profondément. Tout se bouscule dans cette industrie médiatique comme dans toutes les autres.

À tel point que Magazines Canada (MC) commence un travail de révision des règles internes qui régissent son membership et les pratiques publicitaires de ses membres sur fond de révolution numérique.

Un comité interne a été mandaté en ce sens mais n’a pas encore commencé son examen. La décision a été prise en mai par le conseil d’administration. L’examen s’étendra jusqu’à l’automne. Une décision sera annoncée fin octobre, en même temps qu’un nouveau plan de développement quinquennal.

« Les mandataires vont examiner notre code d’engagement à l’égard des lecteurs et des annonceurs », explique au Devoir Matthew Holmes, chef de la direction de Magazines Canada, lui-même en poste depuis le début de l’année. « Ils vont se demander si le code est toujours pertinent et s’il faut le mettre à jour et le moderniser. »

Le dirigeant explique que son secteur se diversifie, notamment avec des publications sur mesure et des magazines entrepreneuriaux pour des niches professionnelles et industrielles, sans compter les joueurs dématérialisés qui n’existent qu’en ligne. « Notre code a été écrit dans la perspective des lecteurs de magazines imprimés, dit-il. Nous voulons nous assurer de sa pertinence dans le nouveau contexte. »

Le code en vigueur ne date pourtant que de 2010. Certaines de ses dispositions semblent pourtant d’un autre âge éthicoprofessionnel. Une disposition annonce par exemple que « la distinction entre contenu rédactionnel et messages publicitaires doit être transparente pour le lecteur ». Les pratiques infopublicitaires en expansion depuis quelques années ne respectent pas toutes nécessairement cette rigide balise.

« La manière de faire la publicité fera certainement partie des recommandations à venir, commente M. Holmes. Il faut réfléchir à la possibilité d’adopter une meilleure description de ce qu’est la publicité native, par exemple, ou d’autres formes en développement. J’ai lu récemment que dès 2018, la publicité native serait probablement un fondement essentiel des médias numériques. Notre industrie se développe et innove sans cesse. Le code actuel a été écrit pour une industrie de l’imprimé qui va continuer d’exister, mais qui diversifie ses pratiques en ligne. »

Bilan de santé

La crise des médias affecte d’abord et avant tout les imprimés. Un nouveau rapport du Poynter Institute américain diffusé en juin établit qu’en un quart de siècle, journaux et magazines papier ont perdu plus de 300 000 postes aux États-Unis (sur quelque 600 000) alors que l’info sur le Web n’en a remplacé que la moitié environ.

M. Holmes assure que les magazines sont beaucoup moins affectés par la purge que les journaux. Le secteur canadien conserve grosso modo son lectorat et le nombre de titres publiés a augmenté d’environ 30 % depuis le début du siècle.

« Les revenus publicitaires diminuent mais le secteur expérimente plusieurs modèles d’affaires pour tenter de compenser, dit le dirigeant. Certains magazines, vieux ou neufs, vont survivre, d’autres vont disparaître comme dans n’importe quelle business. Chose certaine, la création de tant de nouvelles publications témoigne d’un indéniable dynamisme sectoriel. »

MC a profité de la fête du Canada pour lancer une campagne de promotion des magazines d’ici. La publicité met en évidence la diversité des contenus publiés. On y voit une femme qui cuisine pendant qu’un homme transporte un canoë autour d’elle. On comprend finalement que les deux rêvent, la première en lisant Canadian Living, le second en feuilletant Canadian Geographic. Le slogan dit finalement : « Tout peut arriver quand vous achetez un magazine canadien. »