Où est donc Laurie Anderson?

La dernière fois qu'on a eu l'occasion de parler d'elle à Montréal, c'est lorsqu'elle a signé des éléments de la bande sonore de La Face cachée de la Lune de Robert Lepage. Cette percée vers le nord faisait suite à un long silence qui remontait à près d'une dizaine d'années. À l'époque, c'était en 1995, Champ Libre présentait à l'Usine C le célèbre Puppet Motel, un cédérom époustouflant d'Anderson qui se situait aux frontières de la performance, de la musique sérielle et de l'art interactif. Ce fut sa seule intrusion dans le secteur et on en parle encore comme d'un événement-culte.

Mais même si on ne se réfère pas tous les jours à Laurie Anderson de ce côté-ci du 45e parallèle, elle n'a jamais vraiment arrêté de redéfinir les frontières de la performance, mariant sans cesse les images et les sons pour essayer de comprendre le monde, comme elle le dit souvent.

Depuis l'obtention de son diplôme en sculpture et en histoire de l'art à l'université Columbia, dans les années 70, Laurie Anderson a travaillé un peu partout en Europe, dans les Amérique et en Asie, signant des musiques pour des chorégraphes (Trisha Brown, Bill T. Jones) et des réalisateurs (Wim Wenders, Jonathan Demme, Robert Lepage) tout en continuant à faire des disques. Après Big Science, Mister Heartbreak, United States Live, Strange Angels, Bright Red et la bande sonore de son film Home Of The Brave, Warner Brothers publiait à l'automne 2000 Talk Normal, une rétrospective de ses oeuvres les plus marquantes. À l'automne 2001, Anderson se joignait à l'équipe Nonesuch Records et publiait Life On A String puis Live At Town Hall, New York City, September 19-29, 2001.

Le spectacle qu'elle présentera à l'Usine C du 19 au 22 février, dont on ne sait absolument rien sinon que c'est un work in progress, s'inscrit dans une tournée qui s'amorce à Montréal. Solo Work Tour 2004 — pour lequel tous les billets sont malheureusement (ou heureusement, c'est selon) vendus, nous dit-on à l'Usine C — devrait ensuite se conclure à l'université Berkeley, en Californie, en novembre.

Ce spectacle s'inscrit dans une longue suite de shows-performances qui débute dans les années 80 avec United States I-V (1983), Empty Places (1990), The Nerve Bible — c'est la métaphore que Laurie Anderson utilise pour décrire le corps humain — (1995) et Speed Of Darkness en 1997-98, une sorte de recueil d'histoires et de chansons sur l'avenir de l'art, de la science et des nouvelles technologies. En 1999, elle a tiré un spectacle (Songs And Stories From Moby Dick) puis un disque (Life On A String) du célèbre roman d'Herman Melville. Et son Happiness Tour a déjà fait le tour de l'Europe et des États-Unis en 2002-03. L'Europe entretient d'ailleurs un lien privilégié avec l'artiste puisqu'une exposition élaborée par le Musée d'art contemporain de Lyon en 2002, The Record Of The Time: Sound In The Work Of Laurie Anderson, circulera dans les grandes capitales européennes jusqu'en 2005.

On sait aussi que Laurie Anderson est fascinée par les nanotechnologies et que lorsqu'elle quittera sa fonction d'«artiste en résidence à la NASA» — la toute première à être appelée! —, elle devra laisser une oeuvre à l'impressionnante collection de l'organisme. Pour le reste, elle nous en dira bien ce qu'elle voudra jeudi soir.