Les librairies indépendantes célébrées

Alors que les ventes globales de livres ont diminué ces dernières années, la fréquentation des librairies indépendantes est en hausse.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Alors que les ventes globales de livres ont diminué ces dernières années, la fréquentation des librairies indépendantes est en hausse.

Marie-Charlotte Aubin pourrait être un personnage de film, avec sa chevelure rousse relevée sur la tête et ses lunettes rondes sur le nez. Diplômée de littérature jeunesse de l’Université du Québec à Trois-Rivières, elle est libraire depuis l’âge de 15 ans. Samedi, à l’occasion de la première Journée des librairies indépendantes du Québec, c’est elle qui a organisé la programmation de la librairie Raffin, rue Saint-Hubert, où elle tient les rayons de livres pour enfants.

Après avoir travaillé pour de grosses chaînes concurrentes, elle dit préférer les librairies indépendantes pour leur proximité avec la clientèle, mais aussi pour l’impact que les libraires ont sur les commandes et sur les promotions. En recrudescence depuis quelques années, la clientèle de la librairie Raffin de La Petite-Patrie est férue de littérature québécoise, d’essais de sciences humaines et de littérature pour la jeunesse. Cette semaine, les deux livres les plus vendus étaient La femme qui fuit, d’Anaïs Barbeau-Lavalette et Les maisons, de Fanny Britt.

140
Nombre de librairies indépendantes au Québec

Ici, les libraires ont tous leur mot à dire au sujet des commandes, explique Ève Martin, qui est directrice adjointe de l’établissement. Les trois succursales de la librairie Raffin sont pour leur part la propriété de Martin Granger et de Chantal Michel.

Contre toute attente, les librairies indépendantes connaissent une hausse de leur fréquentation depuis quelques années, selon les données colligées par Statistique Canada. En 2014 et 2015, alors que les ventes globales de livres baissaient de 2,8 %, les ventes effectuées dans les librairies indépendantes augmentaient de 1,2 %. Dominique Lemieux, le directeur général de Librairies indépendantes du Québec, attribue cet essor à une plus grande conscientisation de la clientèle envers les commerces de proximité.

Il remarque aussi une nouvelle génération de jeunes libraires qui ne demandent pas mieux que de reprendre les commerces qui ont été tenus, souvent à bout de bras, au fil des ans par leurs aînés.

À Sept-Îles, par exemple, la jeune Valérie Dorais a repris la librairie Côte-Nord, auparavant tenue par sa mère. À Jonquière, Maximilien Bouchard a pris la tête de la librairie Marie-Laura, à la suite de son père, Daniel. À Rouyn-Noranda, c’est un jeune dans la vingtaine, Michael Lachance, qui a racheté la librairie Boulon d’ancrage.

Ça n’est évidemment pas pour devenir riche, tant s’en faut, que l’on devient libraire. Mais par amour des livres et du public. Les libraires sont des médiateurs entre les 40 000 nouveaux titres francophones qui paraissent chaque année et leur public. Il faut trier, commander, choisir, conseiller.

Chez Raffin, Marie-Charlotte Aubin est fière du nouvel étalage où l’on retrouve les livres jeunesse antisexistes Je veux un zizi, de Laetitia Lesaffre, et Pas facile d’être chevalier, de Gudule et Claude K. Dubois.

« La clientèle aime beaucoup nos tables de présentation », constate-t-elle. Même si elle n’a pas d’enfants, Marie-Charlotte Aubin lit quelque quinze albums jeunesse par semaine.

Dans un coin, une jeune femme hispanophone regarde les livres pour tout-petits avec sa fillette d’un an. Même si elle ne parle pas français, elle se sent à l’aise dans les rayons chargés de livres. « Je suis originaire d’Espagne, dit-elle en anglais. Je prends des livres pour bébé où il y a seulement quelques phrases par page. C’est bon pour ma fille de se familiariser avec le français. »

Il y a quelque 140 librairies indépendantes du Québec, dont 103 sont membres de Librairies indépendantes du Québec. On peut retrouver la programmation de la Journée des librairies indépendantes à l’adresse jdli.leslibraires.ca.