Autour de Tristan et Iseult

Philippe Boutin a repris cet oratorio profane pour en faire un spectacle à son goût, en y intégrant tout un pan de culture populaire.
Photo: Méryl Schneller Philippe Boutin a repris cet oratorio profane pour en faire un spectacle à son goût, en y intégrant tout un pan de culture populaire.

Philippe Boutin n’a jamais vu un opéra de sa vie. « Le premier opéra où j’irai sera celui qu’on aura monté », dit-il. Il savoure d’ailleurs le fait d’être « pur et naïf » vis-à-vis du genre. Aussi, l’opéra Le vin herbé, de Frank Martin, qu’il met en scène pour quatre soirs à Montréal, promet d’être une expérience nouvelle : un croisement entre l’opéra, le rap, les arts martiaux, le lip-sync et le théâtre. « Cela me permet une liberté », dit-il.

Philippe Boutin n’a pas voulu choisir : il a tout mis dans sa mise en scène de l’opéra, qui prend l’affiche à partir du 16 juin à L’Arsenal art contemporain, dans Griffintown, à Montréal. Le spectacle est produit par la compagnie BOP (Ballet-Opéra-Pantomine), une compagnie de jeunes artistes frais émoulus du Conservatoire, qui se sont donné pour mission de diffuser des oeuvres classiques et contemporaines peu diffusées. La compagnie a donc demandé à Philippe Boutin, tout aussi fraîchement diplômé en théâtre, de donner vie au vin herbé.

Cet opéra est en fait inspiré du Roman de Tristan et Iseult, de Joseph Bédier, qui s’est lui-même inspiré du célèbre mythe celte du même nom.

Le mythe veut donc qu’Iseult la blonde soit menée par le neveu du roi, Tristan, au roi Marc de Cornouailles qu’elle doit épouser. La mère d’Iseult la blonde a confié à sa suivante un « vin herbé », potion qui doit faire en sorte que les futurs époux tombent éperdument amoureux. Or Tristan et Iseult boivent la potion en chemin et deviennent fous l’un de l’autre. Cette passion dévorante les mènera à la mort.

En art, il n’y a rien qui ne se fait pas

 

Philippe Boutin a repris cet oratorio profane pour en faire un spectacle à son goût, en y intégrant tout un pan de culture populaire. « Le roi Marc y sera Freddy Mercury et la mère d’Iseult est Céline Dion », dit-il. Lady Gaga, Jon Snow et Yoda devraient également être évoqués. Il s’agit donc d’une « réappropriation de l’oeuvre », à travers des référents de la culture populaire. Les chorégraphies seront pour leur part signées Dave Saint-Pierre.

L’entreprise est ambitieuse. Se succéderont sur scène 12 chanteurs, 8 musiciens et plus de 40 comédiens, dont un choeur de 30 personnes.

À 25 ans, Philippe Boutin a déjà derrière lui la création de Détruire nous allons, un projet qu’il a réalisé avec Dave Saint-Pierre et 40 interprètes, et qui s’est déployé sur un terrain de football à Longueuil. « En art, il n’y a rien qui ne se fait pas », dit-il.

Alors que l’opéra de Frank Martin débutait au quatrième chapitre du roman de Bédier, Philippe Boutin a tenu à mettre en scène un prologue, qui explique aux spectateurs le cadre de l’histoire.

« On explique d’ailleurs que ça nous importe de raconter cette histoire », dit Philippe Boutin.

Coolitude

En plus de diffuser de l’opéra, BOP se donne pour mission de le rendre plus accessible, poursuit Philippe Boutin, qui ajoute avoir envie « d’actualiser les choses et de les rendre cool ». « Moi, j’en fais ma vie », dit-il. Son approche est baroque, ajoute-t-il, et se trouve à la rencontre de plusieurs univers. Pour lui, nos icônes contemporaines jouent le même rôle que les dieux des mythologies d’autrefois. Il explique être guidé d’abord et avant tout par le plaisir lorsqu’il conçoit un projet.

C’est le choeur qui, quant à lui, fera objet de décor. Les 32 personnes qui le composent seront tour à tour bateau, forêt, château, dragon. Les costumes seront signés Denis Gagnon.

On peut donc s’attendre à tout à propos de cette production du Vin herbé, comme, aussi, des futurs projets ambitieux de Philippe Boutin.

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