Urbain Desbois, invité d'honneur

Le texte mis en scène donne généralement lieu à ce qu'on appelle le théâtre. Mais il existe une autre forme artistique qui allie l'écrit et la scène. Il s'agit du texte performé, ou spoken word. Si la tradition s'enracine plus profondément aux États-Unis, qui l'a vue naître avec le courant de la beat generation, des artistes québécois s'y adonnent de plus en plus. Depuis trois ans, le festival Voix d'Amériques en fait foi.

Cette année, la programmation qui se déroule du 13 au 19 février se rapproche un peu plus dans la chanson de par le choix de son invité d'honneur, Urbain Desbois, visiblement enchanté de l'expérience qui l'attend. «J'étais vraiment content parce qu'à l'origine, dans les années 80, je faisais de la musique dans des soirées de poésie, évoque-t-il. C'est ça qui m'a donné le goût d'écrire... Et c'est quelque chose que je n'ai pas pratiqué dans les dernières années, mais je ne me sens pas du tout étranger parce que j'ai gardé un bon lien avec ce milieu-là.»

Pour cet auteur-compositeur-interprète, c'est l'occasion d'un retour aux sources. Ses petits poèmes chantés, vivants, percutants, dépouillées de leurs arrangements musicaux habituels, se prêtent tout naturellement à l'esprit du spoken word. «La musique pop, c'est ben beau, mais ça dit pas grand-chose, clame-t-il. Moi, j'aime mieux dire beaucoup de choses, même s'il n'y a pas beaucoup de mots, être signifiant le plus possible.»

Et il aura la chance d'appliquer ce principe trois fois plutôt qu'une au cours de l'événement dédié aux mots. D'abord, lors du cabaret-spectacle d'ouverture, Dérapages de langue, il reprend les textes de Je me lève, Quoi faire et Vivre à 100 miles à l'heure, accompagné des musiciens de la Fanfare Pourpour. «C'est des chansons d'Urbain qui sont passées un peu inaperçues, explique Luc Bonin, alter ego d'Urbain Desbois. C'était des poèmes au début, je ne pensais pas faire des chansons avec.»

Le 17 février, il se joindra à René Lussier et à Frank Martel pour livrer une performance inusitée intitulée Les Semis populaires, où les trois répertoires mordants se croiseront (oui, oui, René Lussier chantera). «On l'a pas encore fait et je sais que ça va être un de mes meilleurs shows cette année parce que c'est une formule unique: il n'y a pas de band, on est juste avec nos guitares, comme au bord d'un feu de camp, et on dépouille tout», décrit-il.

C'est aux côtés du groupe de Tomas Jensen, Les Faux Monnayeurs, et d'autres artistes de la chanson qu'il clôturera le festival lors d'un spectacle un peu plus formaté mais pas moins haut en couleur. Urbain Desbois en profitera également pour lancer un recueil de ses chansons empreintes de poésie.

Mais le festival promet évidemment d'autres rendez-vous mémorables, des cartes blanches données à la Fanfare Pourpour aux spectacles latinos des groupes El Mercado Loco et Mandinga en passant par les 5 à 7 micros ouverts et autres soirées de contes. La directrice de l'événement, l'écrivaine D. Kimm, est particulièrement fière de recevoir deux figures de proue du spoken word américain, Anne Ward et Ursula Rucker (le 16 février).

Urbain Desbois résume bien l'esprit à la fois ludique et totalement engageant qui prévaut dans ce festival. «Il y a un facteur de risque qui est super intéressant, une tension qui n'est pas négative, au contraire, qui génère encore plus d'énergie parce qu'on ne sait pas exactement ce que ça va donner, même si on sait ce qu'on dit. Tout se joue sur l'écoute et les réflexes.»

Festival Voix

d'Amériques

Du 13 au 19 février

À la Sala Rossa, à la Casa del

Popolo et au Sergent recruteur

www.fva.ca