Xavier Dolan à la conquête des coeurs

Le réalisateur québécois Xavier Dolan était de retour à Montréal lundi après-midi après un séjour cannois en montagnes russes.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le réalisateur québécois Xavier Dolan était de retour à Montréal lundi après-midi après un séjour cannois en montagnes russes.

Après un séjour « tout en contraste » au Festival de Cannes, où son film Juste la fin du monde lui a finalement valu le Grand Prix, Xavier Dolan revient au pays avec la volonté de toucher le coeur des Québécois.

Au lendemain d’une soirée riche en émotions, le cinéaste avait troqué le veston et la cravate contre la casquette et le pantalon de sport au moment de se présenter tout sourire devant les médias québécois venus l’accueillir lundi après-midi à l’aéroport Montréal-Trudeau.

Il a d’abord décrit une semaine en montagnes russes : les critiques sévères à son endroit, puis l’acclamation du public. Et finalement ce Grand Prix, la plus haute distinction jamais remportée par un film québécois à Cannes.

« Ce n’est pas dur d’accepter la critique. C’est dur d’accepter la cruauté, et Cannes est un endroit qui est très passionné, qui peut être très cruel. Parfois inutilement, parfois avec raison, a-t-il raconté. Ce qui a été douloureux, c’est la méchanceté et l’incompréhension. [On se demande] est-ce qu’on est fou ? Est-ce qu’on a vu dans ce film-là des choses que les gens ne verront jamais ? »

Face à l’adversité, Xavier Dolan dit ne jamais avoir douté de son film. Et le prix remporté dimanche lui confirme par-dessus tout l’importance de créer à sa façon.

« La validation des pairs est importante, mais ce qui est plus important, c’est la validation du public. Parce que sans le public, le film ne vit pas. »

« Je continue de faire des films en restant moi-même. En faisant ce que je pense être bien et juste pour servir le film », a-t-il ajouté, interrompu quelques instants plus tard par le « Bravo Xavier ! » bien senti d’un voyageur qui passait par là.

Séduire le Québec

Après avoir conquis le public cannois, c’est maintenant les Québécois que Xavier Dolan veut séduire. Juste la fin du monde devrait prendre l’affiche en septembre prochain, le temps que son équipe et lui puissent élaborer une stratégie de diffusion.

« Le marché québécois est un marché qui est difficile à séduire », affirme-t-il. Il a bon espoir de voir son film se tailler une place dans le coeur des Québécois, même lorsque l’attention médiatique entourant le Festival de Cannes s’estompera.

Il juge que les personnages de Juste la fin du monde sont « moins faciles à aimer » que ceux de ses précédents films, mais il croit que le public québécois s’y reconnaîtra, d’une façon ou d’une autre. « J’espère évidemment, quand le film sortira, que les gens pourront en lire les émotions », résume le cinéaste.

Rappelons que Juste la fin du monde, le sixième film du réalisateur et son cinquième présenté à Cannes, est une adaptation de la pièce autobiographique du Français Jean-Luc Lagarce, qui est mort du sida quelques années après l’avoir écrite. Il raconte l’histoire d’un dramaturge malade qui revient dans sa famille à la suite d’une absence de plusieurs années pour révéler son décès imminent, mais qui garde finalement le secret après avoir subi les foudres de ses proches.

Comme il l’avait indiqué la veille, Xavier Dolan a juré lundi qu’il n’est pas déçu d’avoir vu la Palme d’or lui glisser entre les doigts, au profit de Ken Loach pour Moi, Daniel Blake.

« Il n’y a aucune déception. J’ai gagné le Grand Prix du jury du Festival de Cannes. C’est extrême pour moi, pour un film qui, quelques jours plus tôt, était détesté, sifflé », a-t-il rappelé.

En se présentant dimanche lors de la soirée de remise des prix, il savait qu’il ne repartirait pas les mains vides. Lorsque tous les prix ont été attribués, sauf les deux plus prestigieux, il a pu rêver aux grands honneurs. Il a vécu un instant d’espoir, pas de déception, dit-il.

« Je n’ai pas besoin de Palme d’or dans la vie. J’ai besoin de sentir que les films que je fais sont compris, appréciés, aimés et qu’ils ont un destinataire. J’ai besoin de savoir qu’il y a quelqu’un au bout du fil. »

En plus du Grand Prix, Xavier Dolan a mis la main sur le prix oecuménique, décerné par un jury indépendant pour récompenser les qualités artistiques et le message d’une oeuvre.


Fin d’un cycle

Mis à part la diffusion de Juste la fin du monde, Xavier Dolan se consacrera dans les prochains mois au tournage de son premier film en anglais, The Death and Life of John F. Donovan. Et après ? Qui sait ?

« C’est la fin d’un cycle où j’ai été très intime, très personnel. Maintenant, j’ai envie de m’ouvrir à quelque chose d’un peu plus hasardeux, d’un peu plus inconnu », répond-il.

Pour la suite, il se laisse tenter par des projets de séries télévisées, des films de genre — pourquoi par un film d’horreur, évoque-t-il au passage, sans rien exclure.

Au fil des ans, il a adoré son expérience à Cannes, mais il ne sait pas quand il y retournera. Chose certaine, il refuse qu’on accole à son aventure cannoise l’étiquette de « conte de fées » : il s’agit plutôt, insiste-t-il, du fruit d’un travail acharné.

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