La surboum du bonheur a vingt ans

C’est Marie-Christine Champagne, casque de «didjette» sur la tête, qui lança l’événement «C’est extra» il y a 20 ans. «T’as beau pas être disco, c’est pratiquement impossible de ne pas réagir à Claude François et son
Photo: David Afriat Le Devoir C’est Marie-Christine Champagne, casque de «didjette» sur la tête, qui lança l’événement «C’est extra» il y a 20 ans. «T’as beau pas être disco, c’est pratiquement impossible de ne pas réagir à Claude François et son "Alexandrie, Alexandra".»

C’est quoi pour moi, les soirées C’est extra ? Marie-Christine Champagne, qui lança l’événement il y a 20 ans au Cabaret du musée Juste pour rire, et qui va célébrer l’anniversaire ce dimanche à La Tulipe, veut savoir. Bel endroit pour le demander : on est au sous-sol de ce qui fut la maison de l’opérette à Montréal. La Compagnie Larivée Cabot Champagne et La Tribu y ont sur quatre étages leurs bureaux. Le disquaire Beatnick est adjacent. Un lieu qui résonne, quoi. Des murs qui chantent. L’antichambre de la boîte à gogo.

Une soirée C’est extra ? Le meilleur d’une réception de mariage, lui dis-je. Le moment où il n’y a plus sur le plancher de danse qu’un noyau dur de cousins-cousines, et que le DJ lance The Twist, par Chubby Checker. Ce moment où, du marmot au grabataire, tout le monde se lève, il n’y a plus d’âge, que du plaisir. C’est extra, c’est ça, mais sans le mariage, avec des chansons en français qu’on ne peut pas ne pas entonner, et le moment où ça exulte dure cinq heures et demie.

Nana et les autres

Marie-Christine trépigne sur sa chaise. « C’est ça ! La toune qui lance le party, suivie d’une autre, et d’une autre ! On a dû faire jouer 4000 chansons différentes en 20 ans, il s’est établi au cours des ans une sorte de palmarès de celles qui ont l’effet le plus instantané et le plus fou furieux sur les quelque 800 personnes qui remplissent La Tulipe — il en rentrait 600 au Cabaret —, mais c’est toujours le même principe moteur : susciter un plaisir que tu ne peux pas bouder. »

L’appellation complète : « C’est extra — soirée culte — dancing frenchy jazzy swing ». Ça correspond plus à l’esprit des débuts, « quelque chose qui se voulait un clin d’oeil aux caves de Saint-Germain-des-Prés ». C’est resté, mais le répertoire québécois s’est ajouté au franco-français, et l’idée même d’un genre musical privilégié a pris le bord. « Tout ce qui compte, c’est le caractère jouissif, physiquement jouissif, de la chanson sur notre foule. » Marie-Christine la « didjette » (c’est son néologisme, DJ au féminin) ne manque pas d’exemples. « Mettons Nana Mouskouri. Peut-être que les gens n’écoutent pas ça dans leur vie, mais si tu mets Soleil, soleil, ils sont les premiers à lever les bras. T’as beau pas être disco, c’est pratiquement impossible de ne pas réagir à Claude François et son Alexandrie, Alexandra. Pareil pour Danser, danser, par Nanette Workman. Ça t’emporte. Ce sont des chansons magiques. »

Des rituels

Du million de participants, évaluation grosso modo sur 20 ans d’assiduité, il y a bon nombre d’habitués. D’où ces idées d’un soir qui sont devenues des rituels. « Je ne sais plus comment c’est arrivé, Gigi l’amoroso (par Dalida, chanson-fleuve) à minuit, mais ça a déclenché une folie. Ça ne se danse même pas, Gigi, mais tout le monde vit l’histoire. Pourquoi des slows à une heure du matin ? Parce qu’on l’a essayé, tout simplement, et que ça a répondu : tout le monde chantait Capri c’est fini et Aline à tue-tête ! »

« Les chansons prennent leur place. Même si ce n’était pas des succès à l’origine. Sept heures du matin, par Jacqueline Taïeb, c’est culte maintenant, c’était complètement inconnu dans les années 1960. Mais quand tu l’accompagnes d’un Dutronc, disons Les cactus, ça répond ! Il y une confiance, une connivence entre nous et les gens. On fait des trouvailles, ma complice “ didjette ” Julie Charbonneau et moi, et les gens en redemandent. Proposer On part au soleil, de Patrick Norman, c’est pas évident. Mais la chanson s’est imposée. »

Voici les clés, pour reprendre le titre de la chanson de Gérard Lenorman. L’engouement pour C’est extra, depuis 20 ans, s’explique un peu beaucoup par ce pacte, ce lâcher-prise, cette permission, ce gros bon sens : une chanson qui procure du bonheur à 800 personnes, soirée après soirée, est une formidable chanson. Toutes époques et tous âges confondus.

Le succès de l’autre grand rendez-vous à La Tulipe, les bringues Pop 80 consacrées au répertoire de ladite décennie, a obligé une alternance : mensuelles (voire hebdomadaires au plus fort de la contagion), les soirées C’est extra ont désormais lieu le dimanche avant chaque lundi de congé. « L’offre s’est diversifiée, on s’est adaptés. Mais ma plus grande joie, c’est encore de trouver la bonne séquence de chansons pour C’est extra. La fois où j’ai mis Si tu vas à Rio, L’incendie à Rio, Mexico, et même E Viva Espana de Georgette Plana, et que ça bondissait partout, je peux affirmer que je le sentais battre de bonheur, mon coeur… »

C’est extra fête ses vingt ans

Dimanche 22 mai dès 20 h 30, à La Tulipe