Alerte orange au MAL

La mobilisation des troupes du Mouvement des arts et des lettres (MAL) se poursuit. En témoigne le bandeau orange que portaient au bras les délégués des neuf organisations que le MAL représente et qui se sont réunies d'urgence hier. «Nous sommes passés à l'alerte orange», affirme Bastien Gilbert, directeur général des Centres d'artistes autogérés du Québec.

Il y a une dizaine de jours, le MAL déclenchait l'alerte jaune, première étape de sa campagne visant à sensibiliser le milieu artistique et culturel à la situation désastreuse se profilant à l'horizon du prochain budget provincial. En effet, le MAL craint que l'augmentation prévue (8 %) des budgets alloués à divers projets d'immobilisation au sein du ministère de la Culture n'ampute de 35 millions de dollars les subventions versées aux artistes et aux organismes culturels, et ce même si le ministère conserve son enveloppe de 517 millions.

L'alerte orange se traduira par l'envoi de lettres au ministre des finances, Yves Séguin, au premier ministre, Jean Charest, ainsi qu'aux députés représentant les circonscriptions où se trouve chaque association membre du MAL. Mais cette campagne de lettres commencera par s'adresser, dès vendredi, à la ministre de la Culture, Line Beauchamp, «afin de la soutenir dans les efforts qu'elle déploie pour que son budget atteigne les objectifs promis» dans la plateforme électorale du gouvernement libéral, précise M. Bastien.

Le MAL joue donc franc jeu. Il veut rappeler au gouvernement ses engagements envers la culture, soit, notamment, soutenir davantage la création artistique et permettre aux artistes et créateurs de vivre de leur art. Or les compressions indirectes appréhendées par le MAL affecteraient 15 % des programmes de subventions.

Le branle-bas de combat du milieu s'inscrit aussi dans le contexte des consultations prébudgétaires que mène actuellement le ministre Séguin, auxquelles le MAL n'a pas encore été convié, malgré le dépôt d'un mémoire contenant ses requêtes. «C'est pour réclamer une audience devant la commission parlementaire afin que les associations puissent se faire entendre», explique M. Bastien.

Le MAL a profité de la rencontre de presse d'hier pour présenter officiellement son nouveau porte-parole, l'écrivain Stanley Péan. Celui-ci a dressé le portrait de la situation qui menace la fragile écologie du milieu. «Le milieu de la culture et des arts souffre d'un sous-financement chronique, qui a pour effet principal que les objectifs clairs et partagés de la politique culturelle mise de l'avant par le gouvernement ne peuvent être atteints», résume-t-il.

Devant une telle conjoncture, le secteur des arts et des lettres demande que 35 millions soient versés au ministère «pour préserver les acquis», justifie Gilbert Bastien. Fidèle à sa mission, le MAL réclame aussi que le financement du Conseil des arts et des lettres augmente de 20 millions pour atteindre 90 millions. Enfin, il souhaite que les budgets de création de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) soient maintenus et que le gouvernement mette en place un filet de sécurité pour les artistes.