Montréal vivante en 23 tableaux

Dix-neuf tableaux sont projetés à partir de maintenant, et quatre autres seront ajoutés à la collection en 2017.
Photo: © Cité Lumières Jean-François Gratton shootstudio.ca Dix-neuf tableaux sont projetés à partir de maintenant, et quatre autres seront ajoutés à la collection en 2017.

À partir d’aujourd’hui et durant quatre ans, les Montréalais et leurs visiteurs pourront admirer leur histoire sur les murs de la ville.

Le groupe Montréal en histoires lançait en effet mardi son ambitieux projet Cité-mémoire, par lequel 23 tableaux animés représentant différents thèmes de l’histoire de la ville seront projetés chaque soir sur les murs du Vieux-Montréal.

Ce sont les vieux complices Victor Pilon et Michel Lemieux, ceux-là mêmes qui signaient tout récemment Toruk du Cirque du Soleil, qui ont fait la mise en scène du projet. Le dramaturge Michel Marc Bouchard, grand passionné d’histoire, qui est quant à lui grand responsable du contenu, a sélectionné les thèmes et écrit les textes.

Sur les murs aveugles du Vieux-Montréal, on pourra donc plonger dans l’univers de Marie-Victorin ou de Maurice Richard, de Jeanne Mance ou de Leonard Cohen. Sur le feuillage des arbres, dans le Vieux-Port, on pourra voir projetés les portraits mouvants de 375 Montréalais, sur le chuchotement de 60 poèmes célébrant la ville choisis par Claude Beausoleil.

Victor Pilon et Michel Lemieux ont amorcé ce projet il y a cinq ans. C’est alors qu’ils marchaient dans le Vieux-Montréal que le concept du projet s’est mis en place.

« On a vu beaucoup de murs aveugles, sans fenêtres, que personne ne regardait », raconte Michel Lemieux.

L’un de ces murs, par exemple, témoignant de l’époque industrielle, portait encore les traces d’une ancienne maison de la Nouvelle-France, mais aussi d’une ancienne maison du Régime anglais.

« Projection architecturale »

Les deux hommes parlent donc d’une « projection architecturale », mêlant la murale, le théâtre et le cinéma.

Dix-neuf tableaux sont projetés à partir de maintenant, et quatre autres seront ajoutés à la collection en 2017. Chaque tableau est mis en mouvement par une surface sensible au mouvement sur laquelle le spectateur se tient debout, et par un téléphone intelligent, sur lequel on pourra télécharger gratuitement une application. L’entièreté de la fonction interactive du projet ne sera mise en place cependant que dans un mois.

Au moment où ils déclencheront le processus interactif, les spectateurs auront la possibilité de baisser les lumières de la ville, par exemple, pour mieux voir le spectacle.

« C’est comme si les gens prenaient le contrôle sur la ville », dit Victor Pilon.

Les tableaux ne sont pas faits pour être vus en ordre chronologique. Victor Pilon et Michel Lemieux suggèrent d’ailleurs de prendre plusieurs jours pour faire la balade. Sinon, disent-ils, ça peut ressembler à un marathon.

Thèmes variés

Les thèmes des tableaux sont extrêmement variés. L’un d’eux évoque par exemple l’adoption de Juifs rescapés des camps de concentration par des parents montréalais.

Alors que les parents adoptifs s’attendaient à voir arriver des petits garçons et des petites filles, dans le train qui les emmenaient en provenance d’Halifax, il n’y avait que des garçons adolescents. « Ce sont les seuls qui avaient survécu », dit Michel Marc Bouchard.

Dans ce tableau, le comédien Alain Zouvi, qui est lui-même le fils de l’un de ses rescapés, joue le rôle d’un père adoptif.

Un autre tableau présente aux spectateurs le premier bourreau d’Amérique du Nord, qui était en fait un soldat qui avait été pris en flagrant délit de sodomie.

« Il avait été condamné à mort, mais comme il n’y avait pas de bourreau, personne ne pouvait l’exécuter. Il a donc été nommé bourreau », raconte Michel Marc Bouchard. C’était en 1648.

En chemin, on rencontrera aussi Éva Circé-Côté, en compagnie des générations de femmes montréalaises qui ont mené, après elle, son combat de féministe. On croisera Émile Nelligan et Oscar Peterson. C’est la musique de ce dernier qui accompagnera le tableau La Babylone du Nord, mettant en scène deux soldats qui se sont fait prendre à faire la fête à Montréal, ville considérée comme perverse au temps de la Prohibition.

La chronologie des tableaux se termine en 1979 avec Le mur des rebelles, qui met en scène tant les signataires de Refus global que le mouvement de contestation qui les a suivis.

L’idée de ce projet a vu le jour avant la formation du comité des Fêtes du 375e anniversaire de Montréal. Après les quatre ans de projection des projets, Montréal en histoires compte laisser ses projecteurs dans le Vieux-Montréal, pour qu’ils soient utilisés dans le cadre d’autres événements liés à la création artistique.

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