Bienvenue dans la troisième dimension

Arnaud Stopa Collaboration spéciale
Kolatan/Mac Donald Studio, O/K Apartment : capture d’écran d’un fichier Microstation 3D, 1995
Photo: Kol/MAC Kolatan/Mac Donald Studio, O/K Apartment : capture d’écran d’un fichier Microstation 3D, 1995

Ce texte fait partie du cahier spécial Été des musées

En jouant de ses deux chapeaux de musée et de centre de recherche, le Centre canadien d’architecture (CCA) propose une programmation estivale à son image avec, au centre, l’aboutissement de son triptyque Archéologie du numérique, démarré en 2013.

Archéologie du numérique

Avec Archéologie du numérique : Complexité et convention, le CCA boucle sa série sur les archives récentes de projets architecturaux amorcée par l’architecte américain Greg Lynn. L’exposition se concentrant sur 15 projets de la période 1990 à 2005, il est avant tout question de se séparer de l’image romantique de l’architecte dessinant sur sa table inclinée. Au tournant du nouveau millénaire, l’informatique entre dans les bureaux et modifie les conventions. « C’est un peu la fin d’une période héroïque, soutient Giovanna Borasi, conservatrice du musée. C’est un moment où on essaie beaucoup d’idées qui étaient développées dans les années précédentes. L’outil informatique commence à devenir la “normalité”. Il y a une sorte de convention — pour ne pas dire normalisation —, mais ça rentre dans le savoir-faire des bureaux. Les projets montrés dans l’exposition utilisent cette idée de complexité vraiment poussée, puisque les architectes peuvent utiliser tous ces outils numériques. »

Le changement de support — du papier au numérique — et des technologies utilisées modifie de facto la structure de l’exposition. Avec son nombre important de projets, Archéologie du numérique a adopté une organisation thématique, singulière à notre époque. « Par exemple, il y a la question de la haute-fidélité 3D, c’est-à-dire l’association du rapport en 3D des dessins en plan section, précise la conservatrice. À l’inverse, il y a le travail sur une maquette 3D vers le plan 2D : qu’est-ce que cela représente dans le projet ? »

Avec les possibilités numériques viennent aussi les possibilités créatives, comme l’introduction des problématiques de la topographie et de l’idée d’horizontalité ou de l’intégration du paysage, de la prise en compte des variables complexes comme l’environnement, les flux d’air ou la chaleur. Surtout, l’exposition remettra en question notre rapport à l’image des projets. « C’est l’idée de photoréalisme, cette idée d’avoir une connexion très forte avec l’image que le projet final aura. C’est intéressant dans le sens archéologique de comparer les rendus d’aujourd’hui avec ceux des années 1990, car on est habitués de voir ces images — qui arrivent maintenant à une sorte de perfection. Tous les projets sont analysés selon ces thématiques, et on voit vraiment comment la relation entre l’utilisation des logiciels et la dynamique créative des architectes est forte, car les limites du projet ont été repoussées par ces outils. »

Cinéma en plein air

Le CCA offre depuis quelques années des animations extérieures dans son parc Baile. Entre autres, en partenariat avec le Festival international du film sur l’art (FIFA) et les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), des films en lien avec l’architecture seront projetés sur la façade du bâtiment les jeudis soirs, après le crépuscule. En point d’orgue, la projection de Misleading Innocent le 4 août, un documentaire sur la planification urbaine de Long Island, dans l’État de New York, dans l’entre-deux-guerres, produit par le CCA et scénarisé par leur commissaire junior Francesco Garutti.

Jeudi séminaires

Les jeudis de juillet, les chercheurs en résidence au CCA présenteront leurs travaux. « C’est plus d’intérêt pour un public un peu plus connaisseur et avide de contenu de recherche, précise Giovanna Borasi. On a Olumuyiwa Adegun, chercheur d’Afrique du Sud, qui s’intéresse à la question d’habitation informelle ; Susanne Bauer qui travaille sur nos archives des années 1970 ; Farhan Karim, qui s’est intéressé aux habitations indiennes à bas coût ; Cara Rachele du Morgan Library Museum qui s’est attardée à notre collection sur la Renaissance. »

Antinégationnisme

Le 16 juin, le CCA lancera sa nouvelle exposition La preuve par l’architecture. Une série de maquettes et de moulages en plâtre de preuves architecturales utilisées lors d’un procès sur Auschwitz avec pour but de démontrer la vérité sur l’Holocauste sera présentée par une équipe de recherche de l’université de Waterloo, en Ontario. L’idée de cette exposition provient de la remise en question de la Shoah par les penseurs négationnistes du début des années 2000. « C’est une petite exposition, mais importante, car ça implique beaucoup de questions quant à la véracité de l’Holocauste, explique Giovanna Borasi. Aussi on n’entrevoit pas le rôle de l’architecture au delta de la création de nouveaux projets, mais comme une expertise pour certains faits historiques, en étudiant les détails des bâtiments, de la façon dont les pièces ont été dessinées pour arriver à dire : “Il y a vraiment eu une pièce avec une colonne de diffusion de gaz”. »

Pour les plus jeunes

Les 5 et 19 juin et 3 et 17 juillet, le CCA propose un atelier de codésign parent/enfant, en lien avec l’exposition de l’été. Le 21 août, il sera question de concep tion de maquette thématique, pour les enfants de 5 à 12 ans, accompagnés d’un adulte.

 

Ateliers publics

Les ateliers publics, spécialité du CCA, reviendront à la rentrée. « Nous visons avant tout les étudiants, indique la conservatrice pour justifier la pause estivale. Et on n’a pas encore décidé exactement où on va aller, parce que beaucoup de projets sont développés avec des sujets complexes et difficiles à vulgariser. »


Les films projetés au parc Baile

14 juillet

Mademoiselle Eiffel rembobine de Philippe Tourancheau (France)

21 juillet

Invention de Mark Lewis (Canada)

28 juillet

Herman’s House de Angad Singh Bhalla (Canada – États-Unis – Royaume-Uni)

4 août

Misleading Innocent de Francesco Garutti et Shahab Mihandoust (Canada)

11 août

Le grand rêve du Petit Champlain d’Isabelle de Blois (Canada)

18 août 2016

Programme de courts : La trilogie du départ de Dan Popa (Canada)

1er septembre

Facing up to Mackintosh de Louise Lockwood (Royaume-Uni)

8 septembre

Ce cher musée de Katharina von Flotow (Suisse)