La Boîte noire ferme la boîte

François Poitras avait fermé la succursale de la rue Laurier en 2012. Maintenant, c’est la fin.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir François Poitras avait fermé la succursale de la rue Laurier en 2012. Maintenant, c’est la fin.

C’est une institution montréalaise qui tombe au combat. Les cinéphiles qui aimaient y louer et acheter des DVD, souvent des classiques introuvables ailleurs, se heurteront bientôt à une porte close.

Le propriétaire de La Boîte noire, François Poitras, qui avait fondé le club vidéo en novembre 1986 au coin de Rivard et Marie-Anne déménagé trois ans plus tard sur Saint-Denis, annonce la fin des activités de l’entreprise, réduite depuis 2012 à son siège social sur Mont-Royal. La Boîte noire entrait dans sa 30e année, qui sera aussi sa dernière. La boutique continuera à louer des DVD jusqu’à la fin juillet en évacuant son inventaire de films en vente, dont certains constituent des pièces rares.

« Vendredi, je veux commencer à vendre. C’est triste, mais mon deuil est fait. On tenait ça à bout de bras, en constante décroissance, précise le président fondateur. Ce n’est pas une faillite, mais au-delà de ça, on aurait eu des dettes. »

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir François Poitras avait fermé la succursale de la rue Laurier en 2012. Maintenant, c’est la fin.

François Poitras met en cause la multiplication des plateformes. « C’est le monde virtuel aujourd’hui. Il y a différentes façons de voir le cinéma, légalement et illégalement. Pourquoi louer ou acheter un DVD alors que les gens se sont habitués à la dématérialisation ? Et puis, la cinéphilie a changé. Même chez la clientèle adulte, les séries, dont certaines excellentes, ont pris beaucoup de place. Hollywood fait énormément de films pour les enfants et pour les grands enfants. Il y a bien sûr les indépendants américains, les films européens, étrangers et québécois, mais les jeunes sont moins là. Ceux qui s’intéressent encore aux grands maîtres du 7e art, je les vois très peu. Parfois, ils vont acheter leurs oeuvres dans la collection Criterion, mais c’est un marché de niche, désormais trop petit. On a encore une clientèle de collectionneurs, très restreinte, très fragile. »

Le chiffre d’affaires fond

L’an dernier, il envisageait de vendre le nom, l’expertise, sans succès.

En 2012, la succursale de la rue Laurier avait fermé, suscitant la ruée des achats d’inventaire. « Entre 2003 et 2009, celle du Vieux-Montréal nous aura fait perdre beaucoup d’argent. C’était un caillou dans notre soulier. »

Entre 2007 et 2009, âge d’or de La Boîte noire, le chiffre d’affaires atteignait 3 millions ; aujourd’hui, il ne dépasse guère les 90 000 $. En 2010, l’entreprise tenait 52 000 films en stock, contre 38 000 aujourd’hui environ, dont la moitié en location. Le premier Almodovar en vidéocassettes pour le territoire de l’Amérique du Nord, La loi du désir, s’est retrouvé sur leurs rayons.

Durant cinq ans, La Boîte noire aura publié un répertoire vidéo, durant quinze ans un guide DVD, finalement dématérialisé. Elle a inauguré trois sites Internet. Les 40 employés des années de vaches grasses étaient désormais réduits à 14, dont plusieurs à temps partiel. « On a été des pionniers pour beaucoup de choses, précise François Poitras. À l’importation entre autres. Au début, on fabriquait nous-mêmes des boîtiers pour les films de l’ONF avant que l’univers ne se raffine. »

Tout cela appartiendra bientôt à la mémoire cinéphilique de Montréal. « Merci pour cette aventure de la meilleure boîte vidéo au monde ! » lance François Poitras à tout son monde.

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