«Luzia», un spectacle poétique qui sent la sueur et le défi

Les fabuleux costumes conçus par Giovanna Buzzi évoquent subtilement l’univers mythologique mexicain.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les fabuleux costumes conçus par Giovanna Buzzi évoquent subtilement l’univers mythologique mexicain.

Après le déferlement d’effets spéciaux de Toruk, le Cirque du Soleil revient à l’essence du cirque avec Luzia, le spectacle sous chapiteau qui a établi ses quartiers au Vieux-Port de Montréal jusqu’en juillet.

C’est un vrai spectacle de chapiteau, donc, que l’on regarde les yeux rivés au ciel, retenant son souffle devant les prouesses des artistes qui frôlent presque l’assistance éblouie. C’est un spectacle qui sent la sueur et le défi, un spectacle qui retrouve aussi ses origines circassiennes avec son numéro de contorsionniste, ses affolantes voltiges et autres balançoires russes, ses hommes forts et ses clowneries hilarantes.

C’est un vrai spectacle de cirque, donc, mais avec la signature féerique de Daniele Finzi Pasca, qui en fait une expérience inoubliable, au coeur de l’héritage mexicain. Jean-François Bouchard, guide créatif du Cirque du Soleil, l’a souvent dit : il veut mettre la technologie au service de la création. Cette affirmation prend tout son sens avec Luzia, où deux tapis roulants de 3630 kg chacun produisent, dès le premier tableau, un effet fabuleux de mouvement perpétuel.

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les fabuleux costumes, conçus par Giovanna Buzzi, évoquent subtilement l’univers mythologique mexicain.

Guidé par un papillon

Ce mouvement perpétuel est d’ailleurs au coeur du spectacle, qui raconte l’histoire d’un voyageur guidé par un papillon monarque, et dont la scène est formée de deux plateaux tournants et d’une pastille centrale amovible, qui donne éventuellement accès à un puits d’eau. Et puis il y a la pluie, bien sûr, omniprésente dans ce spectacle. La machinerie mise au point par le Cirque pour la faire gicler sur scène va jusqu’à créer des formes, animales et florales, à même les gouttelettes qui tombent sur le sol.

Mais toutes ces savantes installations arrivent en soutien au travail des artistes, dont les exploits demeurent le clou du spectacle. La mise en scène a par ailleurs l’intelligence de juxtaposer à ces prouesses, dans la plupart des scènes, des tableaux élaborés d’arrière ou d’avant-plan. Ainsi, alors qu’on se pâme sur la souplesse avec laquelle l’acrobate canadienne Naomi Zimmermann se balance dangereusement entre un trio d’hommes, on peut poser le regard sur l’étrange assemblée qui peuple une boîte de nuit de Mexico. Au moment où le Canadien Benjamin Courtenay s’élève au ciel, arrimé à ses sangles, une marionnette de jaguar tourne autour d’un étang.

Fabuleux costumes

Il faut d’ailleurs absolument relever les fabuleux costumes conçus par Giovanna Buzzi, qui évoquent subtilement l’univers mythologique mexicain, en présentant des humains à tête de tatou, d’espadon ou d’iguane. Et c’est encore dans un décor de cinéma des années 50 qu’on s’esclaffera devant les prouesses de l’homme fort français Ugo Laffolay, capable de faire de l’humour tout en étant juché sur un échafaudage vertigineux de cannes d’équilibre.

Car humour il y a aussi, dans ce spectacle à la fois léger et profond, une édition qui laisse place au rire et à l’erreur. Le spectacle a beau être créé par l’un des cirques les plus connus du monde, nous sommes heureux d’être ici entre humains. En deuxième partie, un simple assemblage de lampions, rappelant les processions chères au Mexique, suffira à planter le décor pour la performance exaltante du contorsionniste russe Aleksei Goloborodko.

Mais Luzia ne serait rien sans la musique en direct du compositeur et directeur musical Simon Carpentier, qui exploite à la fois les fortes voix solos que toute une parade d’instruments sur scène. On en sort avec des étoiles dans les yeux, et avec la certitude que le cirque, même dans ses formes plus traditionnelles, est une fête qui est là pour de bon.

Luzia

Spectacle du Cirque du Soleil. Mise en scène : Daniele Finzi Pasca. Costumes : Giovanna Buzzi. Musique : Simon Carpentier. Au Vieux-Port de Montréal, jusqu’au 17 juillet.

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