Sortir de sa zone de confort en évitant la langue de bois

Parmi les personnalités qui vont prendre la parole, on trouve Stéphane Crête.
Photo: Source Les Filles électriques Parmi les personnalités qui vont prendre la parole, on trouve Stéphane Crête.

Ils sont invités à s’ouvrir le coeur, à vider leur sac, à transgresser les interdits. Ils viennent d’horizons aussi différents que la politique, le théâtre, le journalisme et la musique. La compagnie Les Filles électriques tient ce mercredi leur 10e combat contre la langue de bois, qui réunit entre autres Monique Jérôme-Forget, Betty Bonifassi, Micheline Lanctôt, Lewis Furey et Michel Desautels.

Selon le dictionnaire de Wikipédia, la langue de bois est une « figure de rhétorique qui sert à détourner de la réalité par les mots. C’est une forme d’expression, qui, notamment en matière politique, vise à dissimuler une incompétence ou une réticence à aborder un sujet en proclamant des banalités abstraites, pompeuses […] ».

C’est une forme que D. Kimm, conceptrice du concept, combat, donc, depuis 2005, année de la première mouture de l’événement.

« Ce qui me dérangeait, c’est que quand quelqu’un prenait la parole, il s’excusait ensuite. Comme si ça n’était pas possible de dire ce qu’on avait à dire et que les gens le reçoivent. Ça me ramène au côté québécois qui veut toujours un consensus, qui a du mal à accepter qu’on ne soit pas d’accord. » Elle en avait donc marre des « discours remâchés, des cassettes usées et de la panoplie d’excuses chaque fois qu’une personnalité sort de sa zone de confort ».

Il fallait donc un combat contre la langue de bois.

Vite dit, vite oublié

À l’heure des réseaux sociaux, les gens s’expriment davantage, mais dans un contexte où personne ne les écoute vraiment, croit-elle.

« Tout est oublié très vite et, dans ce contexte, le combat contre la langue de bois est d’autant plus important. »

Au fil des ans, toute une brochette d’invités a donc défilé devant les micros de cet événement : de Louise Beaudoin ou John Parisella à Serge Bouchard en passant par la religieuse Esther Champagne, par le dramaturge René-Daniel Dubois, par les regrettés Hélène Pedneault ou Jacques Bertrand.

« C’est super important qu’il y ait une diversité de points de vue », dit D. Kimm.

Chaque année, elle s’applique à inviter aussi un participant des Premières Nations.

Cette année, l’Innue Melissa Mollen Dupuis va par exemple parler des débats qui ont cours à l’intérieur des communautés autochtones.

Le choix des invités

C’est D. Kimm qui choisit ses invités, « souvent pour le caractère authentique de leur personnalité », dit-elle. Elle admet devoir essuyer de fréquents refus. « C’est très difficile de recruter, parce que c’est très engageant. Ça n’est pas comme participer à un débat où on te demande ton opinion. C’est toi qui choisis ton sujet. »

En fait, les participants doivent parler durant une période de cinq minutes et ne prennent aucune question, même si les discussions se poursuivent évidemment dans la foule. Il n’y a pas de droit de réplique et pas d’excuses par la suite. Entre les discours, Bernard Falaise, Alexander MacSween et Pierre-Yves Nantel assurent la musique. Et c’est le comédien Jean-François Nadeau qui assume l’animation.

Depuis quelques années, le combat contre la langue de bois est devenu l’événement-bénéfice de la compagnie de création et de production multidisciplinaire Les Filles électriques. Elles produisent notamment le Festival Phénomena, qui a remplacé, en 2012, le Festival Voix d’Amériques. Le combat contre la langue de bois a lieu ce mercredi soir à La Tulipe, rue Papineau, à Montréal.