Radio-Canada réplique au «jugement sans nuance» de Pierre Lapointe

«Je travaille avec des gens de l'
Photo: Karine Dufour «Je travaille avec des gens de l'"underground" qui sont vus partout dans le monde et on ne les voit nulle part ici », a dénoncé Pierre Lapointe lors de son passage à «Tout le monde en parle» dimanche.

La direction de Radio-Canada a diffusé une déclaration lundi pour répliquer aux propos passionnés du chanteur Pierre Lapointe lors de l’édition de Tout le monde en parle du dimanche 24 avril.

Dans une envolée remarquée, Pierre Lapointe avait accusé Radio-Canada de ne pas respecter son vrai mandat, qui devrait être de diffuser de la culture.

Le chanteur était invité pour parler d’un livre qu’il vient de publier avec l’illustratrice Catherine Lepage. L’animateur Guy A. Lepage l’a interrogé sur l’émission musicale Stéréo pop qu’il coanimait, dont Radio-Canada a stoppé la diffusion après une demi-saison.

Pierre Lapointe a accusé Radio-Canada d’avoir saboté le concept de l’émission en l’obligeant à recevoir des vedettes de catégorie « A » (une expression du milieu de la télévision pour illustrer les grandes vedettes censées attirer un plus grand auditoire), plutôt que de proposer des rencontres entre des vedettes et artistes moins connus. « Les osties de A, j’en ai plein le tabarnac de cul, parce que ça finit par faire une TV aseptisée », a-t-il lancé, tout en admettant qu’il était lui-même considéré comme un « A ».

Continuant sur sa lancée, Pierre Lapointe a ajouté « qu’il y a une espèce de culture du vide à la télévision. Vous [Tout le monde en parle] êtes une des rares émissions où on peut traiter de vrais sujets. Je pense que Radio-Canada se déculpabilise beaucoup avec votre émission. […] Y’a des articles qui ont commencé à sortir dans Le Devoir où les gens commencent à trouver que Radio-Canada dort au gaz. Je trouve que Radio-Canada devrait faire son vrai mandat : c’est-à-dire diffuser de la culture. De la culture diversifiée. Là, j’en ai plein le cul de voir toujours les mêmes visages. Je fais partie de ces visages-là, je suis heureux. […] Mais je travaille avec des gens de l’underground qui sont vus partout dans le monde et on ne les voit nulle part ici ».

Pierre Lapointe, qui était un des juges de la très populaire émission La voix à TVA, a aussi déclaré : « J’ai réalisé que la télé n’est pas un milieu créatif. La télé est un milieu de politique et de “patronariat”. »

Hier le vice-président aux services français de Radio-Canada, Louis Lalande, a tenu à répliquer par voie de communiqué, estimant que Pierre Lapointe porte « un jugement sans nuance sur la culture à Radio-Canada ».

« La place de la culture en général, et de la musique en particulier, écrit-il, ne saurait se réduire à une seule émission. Au cours de la dernière saison [nous avons] introduit des émissions collant de près au mandat culturel, telles Stéréo pop, justement, et Virtuose qui a connu beaucoup de succès en présentant de jeunes musiciens classiques. [Nous avons] aussi lancé le nouveau magazine culturel Esprit critique, diffusé sur ICI ARTV et ICI Radio-Canada Télé, qui est reconduit pour 2016-2017 et qui sera désormais diffusé sur deux saisons. »

Évoquant aussi En direct de l’univers et Tout le monde en parle, Louis Lalande ajoute qu’« un jugement sur le mandat culturel de Radio-Canada ne saurait se limiter à la programmation télé en heure de grande écoute. ICI Radio-Canada Première est la seule radio qui fait une grande place à la littérature. ICI Musique et sa plateforme numérique sont entièrement vouées à la promotion musicale. Elle est la première radio grand public à avoir diffusé les chansons de Pierre Lapointe […] L’évolution actuelle nous ouvre les portes de productions qui se déploient sur plusieurs plateformes. Un bon exemple est fourni par la récente captation du concert marquant les retrouvailles de Charles Dutoit et l’OSM ».

Louis Lalande ne commente pas l’accusation voulant que ce soient sans cesse les mêmes artistes qui reviennent en ondes. « Nous sommes sensibles aux critiques qui reprochent à notre télé de ne pas être assez culturelle à leur goût, conclut-il. Cependant, on ne peut passer sous silence les profondes transformations qui ont affecté le marché de la télévision et les contraintes financières imposées à Radio-Canada au cours des dernières années qui ont réduit notre marge de manoeuvre. »