Poète derrière la caméra

En 2012, Samian entame un voyage au Nicaragua muni d’une caméra. Au hasard d’un détour, dans la ville de Léon, il prend la photo d’un petit garçon, de dos, assis au bord du trottoir, regardant ce qui se passe dans la rue. Un projet germe.
Photo: Samian En 2012, Samian entame un voyage au Nicaragua muni d’une caméra. Au hasard d’un détour, dans la ville de Léon, il prend la photo d’un petit garçon, de dos, assis au bord du trottoir, regardant ce qui se passe dans la rue. Un projet germe.

Cette fois-ci, le rappeur Samian ne pose pas pour la photo. Parce que cette fois-ci, c’est lui qui tient la caméra. À travers ses clichés, il regarde des enfants et des personnes âgées du Maroc, du Nicaragua ou de la Nouvelle-Calédonie.

Ce sont des lieux qu’il a traversés au cours des quatre dernières années et qui forment l’exposition Enfant de la Terre, présentée depuis la mi-avril dans l’espace Georges-Émile-Lapalme de la Place des Arts, à Montréal.

En 2012, Samian entame un voyage au Nicaragua muni d’une caméra qu’il vient d’acheter. Au hasard d’un détour, dans la ville de Léon, il prend la photographie d’un petit garçon, de dos, assis au bord du trottoir, regardant ce qui se passe dans la rue.

« Quand j’ai fait la photo du petit garçon, j’ai su que je voulais faire de la photographie humaine d’abord et avant tout », dit-il aujourd’hui.

Photo: Samian En 2012, Samian entame un voyage au Nicaragua muni d’une caméra. Au hasard d’un détour, dans la ville de Léon, il prend la photo d’un petit garçon, de dos, assis au bord du trottoir, regardant ce qui se passe dans la rue. Un projet germe.

Son projet photographique germe et le mènera un peu partout dans le monde au cours des années suivantes. Il captera des visages, tantôt sérieux, tantôt radieux, surtout des enfants et des personnes âgées.

Il a parfois rendu visite à des autochtones, comme ç’a été le cas chez le peuple kanak, en Nouvelle-Calédonie, où il a donné une conférence sur son travail en tant que rappeur et photographe.

Des points communs

Mais Samian ne voulait pas poser son regard uniquement sur les Premières Nations, lui qui est né dans la réserve algonquine de Pikogan. En fait, un seul de ses portraits présente une jeune autochtone du Québec.

Il s’agit de Tara, une Innue de Mingan, sur la Côte-Nord. En entrevue, il n’exclut pas la possibilité de mener plus tard un projet photographique exclusivement sur les Premières Nations, mais ça n’était pas son projet cette année.

Il aime trouver des points communs aux différents peuples qu’il visite. « Les humains ont en commun beaucoup plus que la langue. Si je voyage avec un appareil photo, c’est un voyage solitaire. La photographie, c’est un métier extrêmement solitaire. Et c’est ça que j’aime aussi.C’est une bonne façon de me retrouver, moi, de me cacher derrière un appareil photo. Je ne suis pas nécessairement obligé de parler aux gens. »

Il voyage donc au Maroc, où il a capté entre autres le visage d’une femme berbère, Aïcha, qui lui a ouvert sa porte. « Elle m’a invité dans sa maison, même si elle ne parlait ni français ni anglais. Elle m’a offert le thé et à manger. Puis, elle s’est placée à la fenêtre, devant la lumière, et je l’ai prise en photo », raconte-t-il.

Les photos de l’exposition sont toutes tirées en noir et blanc. Comme celles que Samian avait découvertes, alors qu’il n’avait que huit ans, dans une vieille boîte à souliers appartenant à son père, décédé en 2013.

C’étaient des épreuves argentiques, se souvient-il, que son père avait prises au cours d’un voyage dans l’Ouest. « Il était très doué. Il avait un sens artistique. » Cette exposition de photographies en noir et blanc est une façon de lui rendre hommage.

Photo: Samian Une scène croquée au Costa Rica.

Samian a été nommé en février dernier « artiste pour la paix 2016 ». Lui qui est très croyant et qui aime citer la Bible, il fait référence à un verset de l’Évangile selon Mathieu, qui cite le Christ : « Ne croyez pas que je suis venu apporter la paix sur la Terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. »

La paix est un combat, donc, qu’il mène depuis ses tout débuts, alors qu’il écrivait de la poésie pour lui-même, puis lorsque le Wapikoni mobile, qui tenait roulotte dans sa communauté, lui a permis de se faire connaître.

En marge de cette exposition, Samian a rencontré des étudiants de l’école Honoré-Mercier, qui ont écrit des résumés de textes qu’il signe sur le thème du Plan Nord. Il les a également pris en photo.

Une vidéo présentée à l’exposition témoigne de cette expérience. La Place des Arts tient d’ailleurs un projet de médiation culturelle par lequel des adolescents sont invités à explorer le lien entre poésie et photographie et à assister à un spectacle de Samian à la PDA.

À ce jour, il s’agit de la première exposition solo de Samian, même s’il avait présenté quelques-unes de ses images au World Press Photo 2015, dont il était le porte-parole.

Au fil de ses voyages, au fil de son travail de photographe, il continue d’écrire, du slam, de la poésie, et travaille présentement à un nouvel album.

Enfant de la Terre — Samian : à la Place des Arts de Montréal jusqu’au 22 mai.