Le Mexique à l’envers des clichés

Au Mexique, où des défis de sécurité se posent de façon de plus en plus cruciale, explique Daniele Finzi Pasca, toute une génération pousse pour que les choses changent.
Photo: Cirque du Soleil Au Mexique, où des défis de sécurité se posent de façon de plus en plus cruciale, explique Daniele Finzi Pasca, toute une génération pousse pour que les choses changent.

Daniele Finzi Pasca a un lien très particulier avec le Mexique. Il a vécu dix ans dans la grande ville de Mexico, et a aussi fait des tournées aux quatre coins du pays. Aussi, lorsque Jean-François Bouchard l’a approché pour concevoir, avec sa femme Julie Hamelin, le spectacle Luzia, du Cirque du Soleil, tout un univers lui a servi de référence.

« Il fallait raconter un spectacle qui puisse voyager dans le monde, qui puisse raconter la profondeur et la source du Mexique », dit Daniele Finzi Pasca, joint en Suisse où il habite.

On voulait par-dessus tout éviter les stéréotypes. Aussi le spectacle s’est-il basé sur le thème de la rapidité, alors que l’on évoque souvent le Mexique comme le haut lieu du farniente, où tout est éternellement remis à demain, à mañana.

Derrière ce stéréotype, poursuit Finzi Pasca, « il y a une puissance et une énergie ». Les membres du peuple des Tarahumaras par exemple, qu’Antonin Artaud a fréquentés au siècle dernier, sont connus pour leur capacité à courir, durant des centaines de kilomètres, pieds nus, dans la montagne.

« Déjà, avant l’arrivée des Espagnols, les autochtones couraient pour porter des fruits de mer frais » aux rois de Tenochtitlan, comme on appelait autrefois la ville de Mexico, dit Finzi Pasca.

Un spectacle sous la pluie

Le spectacle se déroule aussi sur le thème de la pluie. Une imposante machinerie permet d’ailleurs de faire tomber la pluie sur les artistes du spectacle, qui reçoivent l’ondée perchés sur leurs roues Cyr. Le plancher de scène est percé de 94 657 petits trous qui drainent l’eau vers un bassin de 3500 litres. L’eau est chauffée et recyclée à chaque spectacle.

Daniele Finzi Pasca parle avec passion de la pluie du Mexique : une pluie qui change d’allure selon qu’on est à Mexico, et qu’une averse diluvienne nous surprend à la sortie d’un café, ou au Yucatán, où les gouttes s’évaporent souvent en tombant sur le sol. Et il y a aussi les grands déserts où la pluie, rare, est attendue comme une manne, alors que l’on scrute les nuages qui filent à l’horizon.

Le spectacle exploite aussi le thème du cénote, cette cavité qui retient les eaux souterraines, et qui forme des petits lacs à la surface de la terre. La pluie mexicaine peut être tempête, poursuit Finzi Pasca, elle peut aussi être lumineuse et sensuelle. Et dans le spectacle, l’eau parle et danse aussi, dit Finzi Pasca. « Elle devient comme un écran qui nous dit des choses. »

« Le cirque demande à ses équipes de créateurs de bâtir des projets qui chaque fois poussent le cirque plus loin, qui le renouvellent. Sous un chapiteau, l’utilisation de l’eau représente un défi. Il fallait construire un système qui ne gaspillait pas cette précieuse matière », dit-il.

Le couple de créateurs a aussi exploité le thème du nahual, cette force divine à la fois humaine et animale, qui s’incarne dans le spectacle par des personnages de colibris, de papillons, ou encore de jaguars, ce puissant élément de la mythologie mexicaine. La marionnette qui incarne le jaguar, conçue à Londres mais fabriquée au Québec, est saisissante de vérité.

Au-delà de ces éléments, le spectacle voyage d’un lieu à un autre, et d’une époque à l’autre. On passera de l’univers des studios de Churubusco, l’un des plus anciens complexes cinématographiques d’Amérique latine, au décor du salon Mexico, cette boîte de nuit mythique de la ville de Mexico où l’on danse le danzon.

« Cela a été un peu le défi, de surprendre le spectateur en changeant chaque fois le décor, en le transportant ailleurs », poursuit Finzi Pasca. Finzi Pasca a déjà pensé prendre la nationalité mexicaine. Dans ce pays où des défis de sécurité se posent de façon de plus en plus cruciale, dit-il, toute une génération pousse pour que les choses changent. C’est ce qui est évoqué entre autres dans la chanson Trembla la tierra, de la bande sonore du spectacle, que signe Simon Carpentier.

Retenus en Suisse pour d’incontournables raisons personnelles et familiales, Daniele Finzi Pasca et Julie Hamelin ont dû confier la finition du spectacle à Brigitte Poupart, metteure en scène associée, et à Patricia Ruel, directrice de création.

Et le spectacle tout entier est marqué de cette solidarité et de cette amitié, souligne Finzi Pasca. Le créateur se réjouit d’ailleurs de retrouver le chapiteau, cet espace intimiste qui permet de partager un peu de la sueur des artistes. « Guy [Laliberté] est très attaché à ce type de spectacle, dit-il. Ce sont des spectacles qui permettent de rencontrer des publics très différents : un public, italien, mexicain, ou japonais… »

Cirque du Soleil : Luzia

Au Vieux-Port de Montréal jusqu’au 17 juillet

À voir en vidéo